—Me prenez-vous donc pour un mendiant, noble dame? demanda-t-il. Je ne demande pas l'aumône. Employez mieux votre argent.

Puis s'adressant à un groupe de fainéants déguenillés, boiteux fort ingambes et aveugles voyants, qui encombraient le fossé, il reprit:

—Écoutez, pauvres gens! voici une dame compatissante qui veut vous donner, vous donner beaucoup. Courez vite!

Là-dessus il s'éloigna, laissant Warwara aux griffes de ces gueux, qui saisissaient les rênes des chevaux, grimpaient sur les roues, tendaient leurs bonnets à la portière en énumérant leurs misères, comme fait le choeur d'une tragédie grecque.

—En avant! ordonna la baronne

—Impossible! répondit le cocher.

—N'importe! que les chevaux passent sur eux!

Le cocher fit le signe de la croix et ne bougea pas. Force fut bien à madame Bromirska de tirer sa bourse et de jeter son argent à cette horde presque menaçante qui lui souhaita cent ans de vie et autant d'enfants.

Cette désagréable aventure ne l'empêcha pas d'aborder quelques jours plus tard Maryan, qui fumait un cigare devant le café de Kolomea, où se trouvaient aussi cinq officiers, un commissaire du cercle et une demi-douzaine de juifs, lesquels ouvrirent de grands yeux et envièrent la bonne fortune du jeune greffier. Maryan eût désiré être un oiseau qui s'envole à l'approche du chat, mais la fortune lui ayant refusé des ailes, il jugea convenable de répondre en homme bien élevé. Warwara feignait de se promener sur la place; elle lui parlait en même temps avec vivacité sans obtenir une seule réponse. Au bout de quelques minutes, Maryan regarda sa montre, et prétexta une affaire pour la quitter.

Une autre fois elle vint à son bureau, lui demander conseil pour un procès. Il s'excusa disant qu'il n'était pas légiste.