Tout à coup elle éclata de rire:
—Jaloux? vous êtes jaloux! Et vous ne vouliez pas de moi! Eh bien! c'est votre punition!
Elle profitait, pour parler ainsi, de l'absence de Lindenthal qui, tout confus de son côté, était allé faire une toilette moins intime.
—Cet homme a des droits que je suis tout prêt à respecter, riposta Maryan, désenchanté une fois de plus.
—Taisez-vous, interrompit Warwara, je ne veux pas chez moi de scandale; mais je vous jure de le congédier de la bonne manière. Faites-nous seulement une mine moins tragique et vous verrez!
Sur ces entrefaites une alliée précieuse vint au secours de Warwara. Ce fut Théofie, la femme de Maryan, bonne personne d'un esprit borné et de sentiments assez vulgaires. Les longues visites que son mari faisait à Separowze et dont elle ne pouvait manquer d'être instruite, excitèrent sa jalousie. Au lieu d'avoir recours pour le retenir à des artifices ingénieux, elle s'emporta, elle le tourmenta par ses prières, ses reproches, ses larmes, ses attaques de nerfs, ses menaces, ses injures; elle ouvrit les lettres qu'il recevait de Warwara, elle le suivit à Separowze, le fit appeler par les valets, entama une scène de violence, puis lorsqu'elle le vit en colère, tomba soudain à genoux, jurant, les mains levées au ciel, que personne ne pouvait l'aimer comme elle l'aimait. Tout cela n'était pas fait pour rallumer un amour éteint. Au lieu de ramener son mari, la pauvre femme le poussa dans les filets de sa rivale, comme si elle eût été complice de cette dernière. Une brouille complète avec Lindenthal acheva d'assurer l'ascendant de Warwara sur Maryan Janowski.
Le magnifique gentilhomme arriva un jour chez sa maîtresse très-rouge et très-embarrassé; après de longs préambules, il demanda timidement à la baronne de lui prêter un peu d'argent.
Warwara se mit à jouer avec les franges du sofa où elle était assise, comme si elle eût réfléchi.
—Prêter de l'argent à ses amis est le moyen le plus sûr de perdre leur affection. Vous m'êtes encore trop cher, Albin, je me garderai de vous prêter une obole.
—Mais, Warwara, puisqu'il faut vous le dire, je suis ruiné ou bien près de l'être, et si mes amis m'abandonnent...