—Est-il malade? se demandait Warwara.

L'événement donna raison aux craintes qui la tourmentaient; une année à peine s'était écoulée dans des voyages et des plaisirs de toutes sortes, quand soudain, au milieu d'une fête, le sang jaillit des lèvres du jeune homme avec une violence épouvantable. On eût dit que le rouge torrent de la vie voulait s'échapper jusqu'à la dernière goutte. Les médecins furent appelés en toute hâte. Warwara s'enfuit; elle avait peur; elle ne voulait pas assister au dénouement terrible, et puis certains ennuis pouvaient s'ensuivre pour elle. L'accident était survenu à Vienne.

—Il faut, dit-elle à Hermine, que nous partions pour Separowze; il pourra m'y rejoindre, s'il guérit.

—Partez, répondit Hermine, moi je reste.

A la profonde surprise de sa maîtresse, elle s'obstina dans cette résolution: personne ne savait préparer aussi bien qu'elle des pilules de glace, ses soins étaient nécessaires au malade, elle ne le quitterait pas, c'était une question d'humanité.

Quand, à la fin du quatrième jour, le péril fut conjuré, Maryan promena autour de lui un regard éteint en prononçant le nom de Warwara. Ce fut Hermine qui répondit; il la regarda, sourit avec tristesse et lui tendit une main tremblante, presque diaphane, sur laquelle tomba un baiser mouillé de pleurs.

Warwara revint pour la convalescence avec de grandes démonstrations de tendresse et de joie. Tandis qu'agenouillée devant le lit de repos où gisait Maryan, elle lui parlait des angoisses qu'elle avait ressenties, Hermine la regardait avec des yeux qui s'élargissaient dans l'obscurité comme ceux d'une bête de proie. La baronne se releva pour allumer une cigarette dont la fumée fit aussitôt tousser Maryan.

—Pour Dieu! ne fumez pas! s'écria Hermine.

—Dis-moi si cela t'importune, fit Warwara s'adressant au jeune homme. Aucun sacrifice ne me coûtera, tu le sais.

Il secoua la tête et continua de tousser.