—Ainsi, j'ai payé vingt mille florins une vie qui menace de s'éteindre à chaque instant! pensa la baronne lorsque le médecin lui eut déclaré que la santé de Maryan exigeait le séjour permanent dans un pays chaud.
—Que de dépenses! dit-elle à Hermine, et puis je ne vais plus avoir un moment de repos. Je l'aime tant, et je suis menacée de le perdre! Par quelle fatalité me suis-je attachée à un malade?
—Oh! madame, dit Hermine, vous parlez d'amour! et vous pensez à votre argent comme une juive, une vraie juive...
—Vas-tu encore me dire des injures?
—A votre place, moi, je vendrais ma vie pour pouvoir le sauver, le soulager seulement...
—Tu en parles à ton aise!
La baronne emmena cependant Maryan en Italie. Ils s'arrêtèrent d'abord à Venise, où le convalescent parut renaître sous l'influence des brises marines et surtout des impressions nouvelles. Il était sensible aux arts, à l'éblouissant spectacle qu'offrent ces palais flottants pour ainsi dire entre le ciel et l'eau, il riait comme un enfant quand les domestiques de l'hôtel l'appelaient le prince Janowski.
Le fameux portefeuille lui était toujours confié, il payait les notes de l'hôtel, les gondoles, les loges au théâtre, mais Warwara l'arrêtait s'il faisait mine de donner une piécette à quelqu'un de ces enfants qui s'empressent sur les pas de l'étranger pour rendre mille petits services, ou d'acheter des fleurs à la bouquetière de la Fenice. Elle lui enlevait la bouteille de vin de Bordeaux qu'il buvait par ordre des médecins, de crainte qu'il ne s'échauffât le sang, confisquait ses cigares dans l'intérêt de sa poitrine, venait éteindre avec un sourire la bougie qui brûlait pendant ses nuits d'insomnie, afin d'empêcher qu'il ne se fatiguât en lisant, et songeait parfois, quand il s'agenouillait à ses pieds, qu'il devait user sur le tapis ses vêtements neufs.
Maryan avait désiré monter à cheval:
—Il faut qu'il ait un cheval! dit Hermine.