—Je n'en ai pas le droit, en effet, n'ayant plus les vertus de la pauvreté. Il faut que tu le saches pourtant, quand un pauvre cesse d'être honnête, il n'est pas toujours criminel, tandis que l'honnêteté du riche ne peut jamais être un mérite.
—Ce sont là, soupira Warwara, des idées de communiste...
Pendant une excursion qu'ils firent dans la campagne de Rome, Warwara ne cessa d'exprimer la crainte folle d'être attaquée par des brigands. Maryan cependant chantait un air de Fra Diavolo.
—Voilà, dit-il, la supériorité que donne une poche vide; on attend les bandits en chantant.
—Je crois vraiment que tu les appelles! balbutia Warwara qui se mit à prier.
Elle avait peur de ce qui lui semblait être chez Maryan un accès de démence autant que des bandits eux-mêmes. De plus en plus elle regrettait ses vingt mille florins. Au lieu de se rétablir, Maryan languissait, épuisé par un combat atroce, celui de la passion invincible et du mépris de lui-même.
Hermine le devinait. Elle parlait peu, restait à son égard dans une demi-réserve, mais elle était toujours là quand il souffrait, une tasse de tisane ou une drogue à la main.
—Ma petite bohémienne! disait Maryan.
Et elle se trouvait récompensée.
Parfois Warwara la chassait avec colère; la jalousie s'emparait d'elle: