Il s'éloignait en chantant; il voulait revoir sa patrie, cette patrie à laquelle le coeur de chacun de nous reste attaché, quoiqu'elle soit rude et pauvre. Ce fut ainsi qu'il se dirigea vers les Karpathes bleuâtres, vers les eaux vertes du Dniester, vers la steppe.

VI

En rentrant, Warwara trouva Hermine accroupie auprès de l'âtre, par terre, la tête enveloppée de ses tresses dénouées et renversée contre le mur. Elle s'était endormie dans son désespoir. La baronne l'éveilla en lui touchant doucement le genou du bout de son pied. Elle entr'ouvrit les yeux, mais ne bougea pas. Warwara, entrant dans la chambre de Maryan, appela ce dernier, alluma une bougie, revint auprès d'Hermine et l'interrogea.

—Il est parti, répondit la bohémienne.

—Parti? pour me rejoindre au théâtre peut-être?...

—Non, pour Kolomea.

—Mais il n'a pas un kreutzer sur lui!

—Il est parti cependant!

Warwara retourna dans la chambre, fouilla partout, compta son or, inspecta son écrin. Il n'avait rien emporté! Ayant constaté cela, elle tomba éplorée dans un fauteuil.

Le vide laissé par ce départ lui devint de jour en jour plus sensible. Mirosoff et sa soeur l'importunaient; elle avait pris l'Italie en grippe. Sans même dire adieu à ses amis, elle quitta Rome brusquement et passa quelques mois à Paris. L'été la retrouva, comme de coutume, dans sa seigneurie de Separowze. Le premier soin de la baronne avait été de s'informer de Maryan. Elle apprit que, gravement malade, celui-ci avait été recueilli par un pauvre maître d'école du voisinage. Elle lui écrivit une lettre pleine de tendres reproches: Maryan ne répondit pas; elle écrivit de nouveau, se plaignant de son ingratitude. Point de réponse encore.