XI
La collection d'originaux que renfermait la seigneurie reçut un précieux renfort en la personne d'un parent éloigné de Warwara, nommé Zénobius Monastyrski.
Ce jeune homme, élevé dans l'abondance, avait gaspillé follement son patrimoine. Devenu pauvre, il ne regrettait rien, ayant, pour un temps du moins, vécu à sa guise. Qu'il eût faim, qu'il eût froid, qu'il dormît à la belle étoile, sa gaieté ne l'abandonnait pas. Par une matinée de décembre, il apparut à Separowze en habit d'été, sans gants, sans bottes et sans bas, les pieds enveloppés de lambeaux de toile, un claque sous le bras, et naturellement sa belle tante le traita de «prodigue incorrigible», de «membre inutile du genre humain», etc.
—Je vous demande pardon, interrompit Zénobius avec un fugitif sourire, j'ai, l'été dernier, aidé les paysans à rentrer le blé; maintenant je travaille dans l'étude du notaire Batschkock à Koloméa.
—Eh bien! que venez-vous demander ici? Je ne peux rien pour vous.
—Pardon encore, chère tante, je ne vous demande pas d'argent, je n'y ai jamais pensé, mais je voudrais obtenir que vous vous fissiez assurer...
—De quelle assurance parlez-vous, drôle?
—D'une assurance sur la vie. Cela ne vous fera aucun mal. Laissez seulement un médecin vous examiner. Il verra si vous avez une maladie chronique ou...
—Quelle horreur! C'est au milieu de vos princesses de la rampe, de vos coureurs de tripots, dans la belle société où vous avez perdu jusqu'à vos dernières bottes, que vous prenez ces idées-là?
—Mais, ma tante, il ne vous en coûtera rien. Je prétends payer le médecin, et vous ne vivrez ni plus ni moins; seulement, lorsqu'il plaira au Ciel de vous reprendre, j'aurai une rente assurée.