Par Hj. Riiser-Larsen, R. Amundsen et L. Ellsworth.

Nous avons franchi la côte de l’Alaska, mais dans quelle partie ? A l’est ou à l’ouest de la pointe Barrow ? Nous l’ignorons. On sort des armoires les cartes de la région, et on les examine attentivement, mais sans réussir à reconnaître notre position. Impossible de discerner la ligne de côte. La terre, très basse, est recouverte de neige, la banquise l’est également, de telle sorte que nous ne pouvons distinguer où commence le rivage et où finit la mer. Les taches foncées que nous avons aperçues du large représentent des monticules de graviers ; par derrière s’étend une plaine neigeuse dont on ne voit pas la fin sous ce ciel embrumé. En conséquence, nous allons longer la côte jusqu’à ce que nous rencontrions un village qu’il soit possible d’identifier.

Bientôt, voici un groupe de maisons basses ! Amundsen reconnaît immédiatement dans ces cabanes Wainwright où, en compagnie d’Omdal, il a hiverné en 1922 et 1923, lors de sa première tentative de vol au-dessus de la banquise polaire. Tous les indigènes sont rassemblés sur un tertre. Depuis longtemps, ils ont été informés de l’arrivée éventuelle du ballon ; son apparition ne les surprend donc pas ; n’importe, cette énorme masse sortant des nuées, doit leur inspirer une certaine terreur. Jadis ils auraient tiré sur ce monstre aérien ; aujourd’hui, sachant leurs amis Amundsen et Omdal à bord, ils crient et gesticulent pour les inviter à descendre.

Wainwright disparaît rapidement ; ensuite voici Maudheim, la maison que nous avons construite et que nous avons habitée un an, en 1922-1923.

Sachant maintenant où nous sommes, nous pouvons réviser le tracé de notre route estimée. Comme nous le supposions, nous avons atteint la côte d’Amérique un peu à l’ouest de la Pointe Barrow. De ce cap, le ballon a été vu distinctement, ainsi que nous l’avons appris plus tard.

L’absence de renseignements météorologiques devient une source de très graves préoccupations. Dans le lointain, par l’avant, le ciel a fort mauvaise apparence ; peut-être le temps est-il meilleur dans l’intérieur des terres, vers Fairbanks ? Dans notre ignorance à cet égard, il ne saurait être question de nous aventurer de ce côté. L’Alaska renferme des chaînes de montagnes ; étant donné la faible visibilité actuelle, nous risquerions d’aller nous écraser contre leurs flancs. Donc continuons à suivre la côte.

Toujours le même paysage ; une terre basse, bordée de lagunes. « Notre position se trouvant connue, j’espérais pouvoir me reposer, écrit Riiser-Larsen. Par temps clair, la navigation dans ces parages serait, en effet, très simple. Hélas ! Le ciel s’obscurcit et elle va devenir très mouvementée, plus mouvementée même que pendant la traversée du bassin polaire. Donc ce n’est pas le moment de dormir. Si seulement nous avions encore du café ! Il y a longtemps que la dernière goutte a été bue ; nous ne possédons plus aucun réconfortant. Seuls, le sentiment de ma responsabilité et la difficulté de ma tâche me tiennent éveillé. »

Trajet du Norge de la côte nord de l’Alaska à Teller.

Le trait plein indique la route du dirigeable ; les traits interrompus marquent les directions des droites de hauteur obtenues à la suite des observations solaires faites le 10 mai à 16 et à 17 h. 45.

(Cliché de l’Illustration.)