Tous les pilotes savent quelle gêne leur apporte le soleil, lorsqu’il se trouve droit devant eux et bas sur l’horizon. Aveuglés par la lumière, ils ne peuvent lire facilement les instruments ; en second lieu, à la longue, ils éprouvent une grande fatigue. Pour remédier à cet inconvénient, j’avais fait disposer derrière le pare-brise de petits écrans que l’on pouvait mettre en place à volonté. A 22 heures, pendant le vol en direction du Pôle, me sentant la vue fatiguée par l’éclat du soleil, je dressai l’écran en question et le conservai jusqu’à une heure, lorsque nous commençâmes à descendre.


Nous emportâmes des skis, des bâtons pour skis et des traîneaux. Sur la banquise ces patins nous furent fort utiles ; sans eux, nous aurions enfoncé jusqu’au genou dans l’épaisse couche de neige qui recouvrait la « vieille glace » et n’aurions pu traverser la « jeune glace », très fragile, de l’étang où nous avions ameri, lorsque nous allâmes chercher des approvisionnements à bord du N-24.

Pour le transport d’un camp à l’autre des cylindres d’essence pesant plus de 200 kilos, nous employâmes les traîneaux : une rude épreuve dont ils sortirent à leur avantage. Par cette expérience, nous voulions nous rendre compte de leur solidité pour le cas d’une retraite à travers la banquise. Après cela, nous sûmes que nous pourrions éviter de décharger les véhicules, lorsque nous aurions à franchir des accumulations de blocs pas trop difficiles. Les traîneaux avaient une largeur suffisante pour transporter les bateaux pliants tout montés, prêts à être lancés, afin qu’en cours de route on ne perdit pas de temps quand nous aurions à franchir quelque canal d’eau libre.

Pour la cuisine, nous avions des appareils Meta et des Primus. Comme il a été indiqué plus haut, chaque avion était muni d’un fusil de chasse, d’une carabine et d’un pistolet, en vue de nous procurer du gibier dans le cas d’une marche, soit vers la terre de Grant, soit vers le Spitzberg.

Autour de notre campement, près du 88° de latitude, nous vîmes deux ou trois phoques ; la rencontre d’ours rentrait donc dans le domaine des possibilités. Aussi bien, l’homme de veille pendant la nuit était-il toujours armé d’un pistolet Colt. L’ours n’a pas l’humeur pacifique que certains lui attribuent. Dans ces parages perdus, ne trouvant rien à se mettre sous la dent, étant par suite très affamé, il doit se montrer agressif.

Nous emportâmes des bombes fumigènes, de petit modèle, destinées à être lancées sur la glace avant l’atterrissage pour connaître la direction du vent, au niveau du sol, d’autres plus grosses, pour servir de moyens de signalisation, au cas où les appareils descendraient à une certaine distance l’un de l’autre.

Avant le départ l’éventualité d’une panne d’essence au cours de la retraite vers le Spitzberg avait été envisagée. En pareil cas, nous atterririons, et, après avoir transporté le reliquat du carburant de l’un des avions dans l’autre, nous poursuivrions ensuite notre route avec un seul appareil. Si le second appareil était abandonné à une distance pas trop grande du Spitzberg, nous projetions d’aller ensuite le rechercher. Afin de jalonner la route et pouvoir le retrouver facilement, nous laisserions tomber à la surface de la banquise de gros objets destinés à servir de repères, et sèmerions de l’aniline sur la glace à intervalles déterminés. Des expériences de ce mode de repérage, exécutées à bord d’un avion pendant l’hiver, n’obtinrent aucun succès. Pendant notre séjour au Spitzberg, ces essais furent repris. En jetant de l’aniline à la main sur de la neige humide, le résultat fut excellent, négatif au contraire sur la neige sèche.

Si nous battions en retraite à une époque avancée de l’été, la surface de la banquise serait détrempée, par suite propice à l’emploi de ce produit chimique ; nous en emportâmes donc une petite quantité.