«Rien du moins que je pense.»
LA FÉE
—«Oh! oh! Le cas est rare en vérité,
Et je vois bien qu'il faut que je vous aide.
—«Et je sais trop, se dit-elle en songeant,
«Par où le prendre: il n'est souci d'argent
Que l'homme riche ou pauvre ne possède.»
Et ce disant la Feé avait raison:
Dépense induit en nouvelle dépense.
Richesse autant que misère dispense
D'avoir un sou vaillant à la maison.
LA FÉE
«Ami Mulot, veux-tu devenir riche
A ton souhait?
MULOT
«Et ne le suis-je pas?
Ma femme et moi faisons nos deux repas,
Ma belle Dame, et mon bien n'est en friche.
J'ai pour ma vache assez de foin fauché,
Mes trois pommiers emplissent dix corbeilles.
«Je mouds vingt sacs de seigle, et les abeilles
Valent, par an, deux écus au marché.
Je puis encor tous les jours de l'année
—Sans vous fâcher—donner aux pauvres gens,
Clercs en voyage ou moines indigents,
L'aide du ciel que je vous ai donnée.
LA FÉE (à part.)
—«Le Roi toujours n'eut si bon compagnon,
Et noble coeur fait souche de noble homme.
Mulot, ma foi! serait bon gentilhomme.
On en a vu bien d'autres: pourquoi non?
(S'adressant à Mulot.)