«Maître Mulot, veux-tu que je te fasse
Seigneur céans, écuyer ou baron?
J'attacherai moi-même l'éperon.
Tu prendras nom Mulot de Bonne-Face;
Et tu pourras porter en mon honneur
Le champ d'azur de mon blason de Fée
Dragon d'argent et colombe coiffée.
Et si sur ce quelque beau raisonneur
Vient à gloser, il l'ira dire à Rome!»

MULOT

—«Je suis certain, belle Dame, à vous voir
Que vous avez magnifique pouvoir
Et ne voulez vous rire d'un pauvre homme.
Mais, voyez-vous, honneurs sont dangereux.
L'autre semaine en notre voisinage
Un vieux Seigneur, à peu près de mon âge,
Fut bien occis aux croix du chemin creux.
Il fut, pourtant, charitable en sa vie,
De bon esprit comme de bon aloi.
Je ne pourrais, en mon nouvel emploi,
Non mieux que lui, me garder de l'envie.
Car je ne suis bien savant ni bien fort,
Et n'eus jamais encrier ni rapière.
Et sans compter que mon cousin Grand-Pierre
Se gausserait certe, et n'aurait pas tort.»

III

COMMENT LA FÉE VOULUT RENDRE A MULOT ET A MULOTTE LA JEUNESSE, ET DE LA BONNE ODEUR DE LILAS QUI SE RÉPANDIT DANS LA CABANE

Quoiqu'un peu sotte en toute cette affaire,
La bonne Fée eut le coeur de chercher
Quel nouveau don le pourrait bien toucher
Et quel grand bien elle lui pourrait faire:
Et tout à coup elle lui demanda:

—«Aimes-tu bien ta femme?

MULOT

«Il n'est, pardienne!
Bonne besogne encore que la sienne.

LA FÉE