—«Mon coeur, dit-il, vous attendait, Princesse;
Du bois au lac, je vous cherchais, ma Fleur,
Et fatiguais du cri de ma douleur
L'onde et le ciel, n'ayant repos ni cesse.»

—Et ce disant, il se prit à baiser
A deux genoux sa main mignonne et fine,
Et puis voulut sur l'heure à la Dauphine
Présenter Sauge avant de l'épouser:
Il lui fit faire un peu de belle flamme
Pour la sécher d'abord. Tant de beauté,
De naturel et de simplicité
En cet état le touchait jusqu'à l'âme.
Il fit venir perles, saphirs, rubis,
Bijoux montés et beaux luths de Vérone.
Il fit de même apporter la couronne
Et préparer des merveilleux habits.

IV

COMMENT SAUGE-FLEURIE FIT AU PRINCE UN NOBLE ET TOUCHANT DISCOURS

Sauge admira ces objets sans envie
Et dit:
«Seigneur, les beaux jours sont comptés.
Aimez-moi bien, et jamais ne doutez
Du bel amour dont j'ai l'âme ravie.
Est-il pour moi besoin de tant d'apprêt?
N'aimez-vous point la belle solitude,
Et des amants n'est-ce plus l'habitude
De mieux s'aimer quand l'amour est secret?
Restons ici sans plus, si bon vous semble;
Nos yeux pourront se parler à loisir,
Et nous n'aurons de si charmant plaisir
Que seul à seul à demeurer ensemble.
Auprès de vous, je sens mon coeur léger;
Légère est l'heure aussi qui me convie
Et là, tout beau! je vous donne ma vie.
Prenez-la donc, mais sans m'interroger.»

Elle lui fit un généreux sourire
Ne regrettant ce qu'elle avait bien fait,
N'y songeant même.—Et son bonheur parfait
En mots humains ne se pourrait décrire.
—Amour et Mort sont toujours à l'affût:
Ne croyez pas que celle que je pleure
Fut épargnée.
Elle sécha sur l'heure
Comme une fleur de sauge qu'elle fut.

MORALITÉ

Je compte peu qu'une femme ainsi m'aime
Jusqu'à mourir: ceci montre, pourtant,
Que pour aimer, ne fût-ce qu'en instant,
L'on brave tout, Madame, et la Mort même.

LES TROIS PETITES PRINCESSES

COMMENT TROIS BONNES FEES FIRENT TROIS BEAUX DONS A TROIS PETITES PRINCESSES