— Nous parlons d’affaires, de sport, de nourriture. Parfois de politique. Quand nous sommes jeunes, de service militaire.
— De littérature ?
— Rarement.
— De femmes ?
— Jamais.
Et il dit encore :
— Notez que, comme le féminisme, cette chasteté relative des hommes tend à rapprocher les sexes. Le jeune homme et la jeune fille ont subi la même formation, ils ont presque la même expérience. Ils se ressemblent peut-être trop pour s’aimer tout à fait. Et puis, comme l’égalité dans le couple est impossible, il arrive que les caractères d’un des sexes passent à l’autre. La femme n’a plus la duplicité des êtres faibles ; elle parle comme un camarade qui se sait en sécurité. Et l’on voit chez l’homme une timidité, une douceur féminines…
Plus tard je lui demande :
— Qu’arriverait-il dans un de ces ménages paisibles si la femme, déplorant l’indifférence de son mari, cherchait à le rendre jaloux ?
— Elle le dégoûterait et le rendrait plus indifférent encore…!