—Mais c'est absurde, et je ne peux pas en entendre parler! reprit M. Bloomfield. Je vous ordonne positivement, Gédéon, de vous désister de cette ingérence criminelle!

—Fort bien! dit Gédéon, en ce cas, je vous transmets la chose, pour que vous fassiez du cadavre ce que bon vous semblera!

—A Dieu ne plaise! s'écria le président du Radical-Club. Je ne veux avoir rien à démêler avec cette horreur!

—En ce cas, il faut bien que vous me laissiez faire de mon mieux pour m'en débarrasser! répliqua son neveu. Croyez-moi, c'est le parti le plus raisonnable!

—Ne pourrions-nous pas faire déposer secrètement le cadavre au Club Conservateur? suggéra M. Bloomfield. Avec de bons articles que nous ferions écrire ensuite dans nos journaux radicaux, ce serait un véritable service à rendre à la nation!

—Si vous voyez un profit politique à tirer de mon... objet! dit Gédéon, raison de plus pour que je vous le cède!

—Oh! non! non! Gédéon! Non, je pensais que vous, peut-être, vous pourriez entreprendre cette opération. Et j'ajoute même que, tout bien réfléchi, je trouve qu'il est éminemment inutile que miss Hazeltine et moi prolongions notre séjour ici, près de vous! On pourrait nous voir!—poursuivit le vénérable président, en regardant avec méfiance à droite et à gauche.—Vous comprenez, en ma qualité d'homme public, j'ai des précautions exceptionnelles à prendre! Me compromettre, ce serait compromettre tout le parti! Et puis, de toute façon, l'heure du dîner approche!

—Quoi? s'écria Gédéon en consultant sa montre. Ma foi, oui, c'est vrai! Mais, grand Dieu! le piano devrait être ici depuis des heures!

M. Bloomfield se dirigeait déjà vers sa barque; mais, à ces mots, il s'arrêta.

—Oui! reprit Gédéon; j'ai vu moi-même le piano arriver à la gare de Padwick. J'ai moi-même prévenu le camionneur d'avoir à me l'amener ici. Il m'a dit qu'il avait d'abord une autre commission à faire, mais qu'il serait sans faute ici à quatre heures, au plus tard. Il n'y a pas de doute, le piano a été ouvert et on a trouvé le corps!