«Hélas! se disait-il, inutile désormais pour le pauvre Jeannot de s'enfermer dans le Hampshire! Et quant à savoir comment je pourrai faire durer la farce, je veux être pendu si j'en ai la moindre idée! Avec mon oncle à Browndean, c'était déjà à peine possible: avec mon oncle à Bloomsbury, cela me paraît au-dessus des forces humaines. Au-dessus de mes forces à moi, en tout cas: car enfin, c'est ce que fait Michel, avec le corps de mon oncle Masterman! Mais lui, voilà! il a des complices, cette vieille gouvernante, et sans doute bien des coquins de sa clientèle. Ah! si seulement je pouvais trouver des complices!»

La nécessité est la mère de tous les arts humains. Eperonné par elle, Maurice se surprit lui-même, en constatant la hâte, la décision et, au total, l'excellente apparence de son nouveau faux. Trois quarts d'heure après, il remettait à M. Moss un chèque où s'étalait, hardiment, la signature de l'oncle Joseph.

—Voilà qui est parfait! déclara le gentleman israélite en se levant. Et maintenant j'ai l'ordre de vous dire que ce chèque ne vous sera pas présenté à l'échéance, mais que vous ferez sagement de prendre garde, de prendre bien garde!

Toute la chambre se mit à nager autour de Maurice.

—Quoi? Que dites-vous? s'écria-t-il, en se retenant à la table. Que voulez-vous dire?... Que le chèque ne sera pas présenté?... Pourquoi aurais-je à prendre garde? Qu'est-ce que toute cette folie?

—Pas la moindre idée, ma parole, monsieur Finsbury! répondit l'hébreu, avec un bon sourire. C'est simplement un message dont on m'a chargé! On m'a mis en bouche les expressions qui semblent vous agiter si fort!

—Le nom de votre client? demanda Maurice.

—Mon client tient provisoirement à ce que son nom reste un secret! répondit M. Moss.

Maurice se pencha sur lui.

—Ce n'est pas... Ce n'est pas la banque? murmura-t-il d'une voix étranglée.