—Eh bien! qu'est-ce que je t'avais dit?—s'écria le Grand Vance, quand il eut entendu le triste récit.—Mais, tu sais, je vais te dire quelque chose! Moi, en tout cas, je n'entends pas être dépouillé de la part qui me revient!
—Ah! par exemple, j'aimerais bien à connaître ce que tu comptes faire! dit Maurice.
—Je vais vous le dire, monsieur! répliqua Jean, du ton le plus décidé. Je vais, tout simplement, remettre mon affaire aux mains du premier avoué de Londres, et, après cela, que tu boives un bouillon ou non, je m'en ficherai comme des choses de la lune!
—Mais pourtant, Jean, nous sommes à bord du même bateau! murmura Maurice.
—A bord du même bateau? Ah bien! je te parie que non! Est-ce que j'ai commis un faux en écritures, moi? Est-ce que j'ai cherché à dissimuler la mort de l'oncle Joseph, moi? Est-ce que j'ai fait insérer des annonces,—des annonces absolument stupides et grotesques, d'ailleurs,—dans tous les journaux, moi? Est-ce que j'ai détruit des statues qui ne m'appartenaient pas, moi? En vérité, j'aime votre aplomb, Maurice Finsbury! Non, non, non! Trop longtemps, je t'ai confié la direction de mes affaires; maintenant je vais les confier à Michel. Michel, au reste, est un garçon qui m'a toujours plu. Et j'ai hâte de voir enfin un peu clair dans ma situation!
En cet instant, les deux frères furent interrompus par un coup de sonnette, et Maurice, qui avait timidement entr'ouvert la porte, reçut, des mains d'un commissionnaire, une lettre dont l'adresse était de la main de Michel. La lettre était rédigée comme suit:
Avis.—MAURICE FINSBURY, pour le cas où le présent avis lui tomberait sous les yeux, est informé qu'il apprendra quelque chose d'avantageux pour lui, demain matin lundi, à dix heures, dans mes bureaux, 42, Chancery Lane.—MICHEL FINSBURY.
Docilement, Maurice, dès qu'il eut parcouru cette lettre, la transmit à son frère.
—Ah! voilà une façon qui me plaît pour écrire un billet! s'écria Jean. Personne autre que Michel n'aurait jamais pu écrire ça!
Et Maurice, dans sa dépression, n'osa pas même protester de ses droits d'auteur.