—Votre reconnaissance ne me surprend pas, Maurice! commença Michel.
—Oh! je sais que je n'ai rien à attendre de vous en faisant appel à vos sentiments! répondit Maurice. Mais il y a ici un étranger,—que le diable m'enlève, d'ailleurs, si je sais pourquoi!—et c'est à lui que je fais appel. Monsieur, poursuivit-il en s'adressant à Gédéon, voici mon histoire: j'ai été dépouillé de mon héritage pendant que je n'étais encore qu'un enfant, un orphelin! Depuis lors, monsieur, jamais je n'ai eu qu'un rêve, qui était de rentrer dans mes fonds. Mon cousin Michel pourra vous dire de moi tout ce qu'il voudra: j'avouerai moi-même que je n'ai pas toujours été à la hauteur des circonstances. Mais ma situation n'en est pas moins celle que je vous ai exposée, monsieur! J'ai été dépouillé de mon héritage! Un enfant orphelin a été dépouillé de 7.800 livres! et j'ajoute que j'ai le droit pour moi! Toutes les finasseries de M. Michel ne prévaudront point contre l'équité!
—Maurice, interrompit Michel, permettez-moi d'ajouter un petit détail, qui d'ailleurs ne saurait vous déplaire, car il met en relief vos capacités d'écrivain!
—Que voulez-vous dire? demanda Maurice.
—Au fait, répondit Michel, j'épargnerai votre modestie! Qu'il me suffise donc de vous faire savoir le nom d'une personne qui vient d'étudier de fort près un de vos plus récents essais d'écriture comparée! Le nom de cette personne est Moss, mon cher ami!
Il y eut un long silence.
—J'aurais dû deviner que cet homme venait de votre part! murmura Maurice.
—Et maintenant vous allez signer l'acte, n'est-ce pas? dit Michel.
—Mais dites donc, Michel!—s'écria Jean, avec un de ces généreux élans qui lui étaient familiers. Et moi, qu'est-ce que je deviens dans tout cela? Maurice est à l'eau, je le vois bien! Mais moi, pourquoi l'y suivrais-je? Et puis j'ai été volé, moi aussi, n'oubliez pas cela! J'ai été, moi aussi, un orphelin, tout comme lui, et élève de la même école!
—Jean, dit Michel, ne pensez-vous pas que vous feriez mieux de vous fier à moi?