—Je n'en ai pas la moindre idée! dit Gédéon. Je sais bien que les marbriers envoient souvent des échantillons; mais je crois que, en général, ce sont des morceaux de marbre plus petits que notre ami le monument. Au reste, mes questions portent sur d'autres sujets. En premier lieu, est-ce que vous êtes tout à fait seule, dans cette maison?
—Oui, pour le moment! répondit Julia. Je suis arrivée avant-hier pour mettre la maison en état et pour chercher une cuisinière. Mais je n'en ai trouvé aucune qui me plût.
—Ainsi vous êtes absolument seule! dit Gédéon, stupéfait. Et vous n'avez pas peur?
—Oh! pas du tout! répondit Julia. Je ne sais pas de quoi j'aurais peur. Je me suis simplement acheté un revolver, d'un bon marché fantastique, et j'ai demandé au marchand de me montrer la manière de m'en servir. Et puis, avant de me coucher, j'ai bien soin de barricader ma porte avec des tiroirs et des chaises.
—C'est égal, je suis heureux de penser que votre monde va bientôt rentrer! dit Gédéon. Votre isolement m'inquiète beaucoup. S'il devait se prolonger, je pourrais vous pourvoir d'une vieille tante à moi, ou encore de ma femme de ménage, à votre choix.
—Me prêter une tante! s'écria Julia. Oh! quelle générosité! Je commence à croire que c'est vous qui m'avez envoyé l'Hercule!
—Je vous donne ma parole d'honneur que non! protesta le jeune homme. Je vous admire bien trop pour avoir pu vous envoyer une œuvre d'art aussi monstrueuse!
Julia allait répondre, lorsque les deux amis tressautèrent: un coup violent avait été frappé à la porte.
—Oh! monsieur Forsyth!
—Ne craignez rien, ma chère enfant! dit Gédéon appuyant tendrement sa main sur le bras de la jeune fille.