—Hé! mon pauvre Pitman, il faut bien que l'un de nous deux ait ce courage, et je crains que ce ne soit pas vous qui l'ayez jamais! Passez de l'autre côté de la table, tournez le dos, et préparez-moi un grog! C'est ce qu'on appelle la division du travail!

Deux minutes après, Pitman entendit refermer la porte du cabinet.

—Là! déclara Michel. Voilà qui a tout de suite un air plus intime! Vous pouvez vous retourner, intrépide Pitman! Est-ce mon grog?—demanda-t-il en prenant un verre des mains de l'artiste.

—Mais, que le ciel me pardonne, c'est une limonade!

—Oh! Finsbury, par pitié, qu'allons-nous faire de cela? murmura Pitman en posant sa main sur l'épaule de son ami.

—Ce que nous allons en faire? L'enterrer au milieu de votre jardin, et, par-dessus, ériger une de vos statues en manière de monument funèbre! Mais, d'abord, mettez-moi un peu de gin là-dedans!

—Monsieur Finsbury, par pitié, ne vous moquez pas de mon malheur! cria l'artiste. Vous voyez devant vous un homme qui a été toute sa vie—je n'hésite pas à le dire—éminemment respectable. A l'exception de la petite contrebande de l'Hercule (et de cela même je me repens humblement!) jamais je n'ai rien fait qui ne pût être étalé au grand jour. Jamais je n'ai redouté la lumière! gémit le petit homme. Et maintenant, maintenant...

—Allons! un peu plus de nerf, mille diables! s'écria Michel. Je vous assure que des histoires comme celle-là arrivent tous les jours! C'est la chose la plus commune du monde et la plus insignifiante! Si seulement vous êtes tout à fait sûr de n'avoir pris aucune part à...

—Quels mots trouverai-je pour vous l'affirmer? commença Pitman.

—Je vous crois, je vous crois! reprit Michel. On voit bien que vous n'avez pas l'expérience que supposerait un acte comme celui-là. Mais voici ce que je voulais dire: si—ou plutôt puisque—vous ne savez rien du crime, puisque le... l'objet qui se trouve dans votre cabinet n'est ni votre père, ni votre frère, ni votre créancier, ni votre belle-mère, ni ce qu'on appelle un «mari outragé»...