Le professeur de dessin réfléchit un moment.

—J'ai, quelque part, deux chemises à col rabattu que je portais à Paris, quand j'étudiais la peinture!

—Parfait! s'écria Michel. Vous allez être d'un cocasse impayable! Tiens, des guêtres de chasse! poursuivit-il, tout en fourrageant dans le fond d'un placard. Oh! les guêtres sont absolument de rigueur! Et maintenant, mon vieux, vous allez mettre tout cela sur vous, et puis vous vous assoirez dans ce fauteuil, et vous réfléchirez à quelque problème d'esthétique pendant une bonne demi-heure! Après quoi, vous pourrez venir me rejoindre dans votre atelier!

La matinée n'avait rien de séduisant. Dans le jardin de Pitman, le vent d'est soufflait par rafales, entre les statues, et lançait des flaques de pluie sur le vitrage de l'atelier. C'était l'instant où Maurice, à Bloomsbury, attaquait la centième version de la signature de son oncle. Au même instant, Michel, dans l'atelier de Norfolk Street, s'occupait non moins activement à arracher les cordes de son grand Erard.

Une demi-heure plus tard, Pitman, en rentrant dans son atelier, trouva la porte du cabinet ouverte au large, et le coffre du piano discrètement fermé.

—Oh! mais c'est qu'il s'agit de vous débarrasser tout de suite de cette barbe que vous avez là! s'écria Michel, dès qu'il aperçut son ami.

—Ma barbe! fit Pitman, épouvanté. Non, je ne puis pas raser ma barbe! Je perdrais ma place au pensionnat! La directrice est très stricte pour tout ce qui est de l'apparence extérieure du personnel enseignant. Ma barbe m'est positivement indispensable!

—Vous pourrez la laisser repousser! répliqua Michel. Et, en attendant, vous serez si laid qu'on vous augmentera votre traitement!

—Mais c'est que je ne veux pas être trop laid! supplia l'artiste.

—Allons, pas d'enfantillages! dit Michel, qui détestait les barbes, et était heureux de pouvoir en supprimer une. Allons, soyez homme, faites ce sacrifice!