Après quoi, tirant de sa poche deux mèches de poils rouges, il se les colla sur les joues, en manière de favoris, et se mit à danser d'un bout à l'autre de l'atelier, avec les grâces affectées d'une ballerine.

Pitman sourit tristement.

—Jamais je ne vous aurais reconnu! dit-il.

—Voilà dont je suis bien aise! répondit Michel, en refourrant ses favoris dans sa poche. Mais à présent nous allons passer en revue votre garde-robe, car c'est à votre tour de vous déguiser!

—Me déguiser? gémit l'artiste. Est-ce qu'il faut vraiment que je me déguise? Les choses en sont-elles donc là?

—Mon cher ami, répliqua Michel, le déguisement est le charme de la vie. Qu'est-ce que la vie, comme le dit très bien le grand philosophe français, sans les plaisirs des déguisements? Mais d'ailleurs nous n'avons pas le choix: la nécessité est là! Il faut que nous soyons méconnaissables pour nombre de personnes, aujourd'hui, et en particulier pour M. Gédéon Forsyth,—c'est le nom du jeune homme que je connais de vue,—pour le cas où il se trouverait chez lui lorsque nous y viendrons!

—Mais s'il se trouve chez lui à ce moment, balbutia Pitman, nous sommes perdus!

—Bah! nous nous en tirerons bien! répondit légèrement Michel. Allons, faites-moi voir vos frusques, pour que j'avise à vous transformer en un nouvel homme!

Dans la chambre à coucher de Pitman, Michel, après un long et minutieux examen, choisit une petite jaquette d'alpaga noir, ainsi qu'un pantalon d'été de nuance caca d'oie. Puis, avec ces deux objets sur le bras, il procéda à l'examen de la personne même de son ami.

—Vous avez là un faux-col clérical qui ne me plaît guère! observa-t-il. Vous ne voyez rien qui puisse le remplacer?