—Cela y aurait pour conséquence mon expulsion immédiate! admit l'artiste. Oui, sans aucun doute!

—Et puis, d'ailleurs, dit Finsbury, vous supposez bien que je ne vais pas m'embarquer dans une affaire comme celle-là sans m'offrir un peu d'amusement, en échange de mes peines!

—Oh! mon cher monsieur Finsbury! est-ce là une bonne disposition pour venir à bout d'une affaire aussi grave? s'écria le malheureux Pitman.

—Allons! allons! je n'ai dit cela que pour vous remonter! répondit Michel, imperturbable. Croyez-moi, Pitman, rien n'est tel dans la vie qu'une judicieuse légèreté! Mais inutile de discuter davantage. Si vous consentez à suivre mon avis, sortons tout de suite et allons chercher le piano! Si vous n'y consentez pas, dites-le, et je vous laisserai terminer la chose à votre fantaisie!

—Vous savez bien que je dépends absolument de vous! répondit Pitman. Mais, oh! oh! quelle nuit je vais avoir à passer, avec cette... cette horreur dans mon atelier! Comment vais-je pouvoir penser à cela, sur mon oreiller?

—En tout cas, mon piano sera dans votre atelier aussi! répondit Michel. Pensez à lui, ça fera contrepoids!

Une heure après, une charrette pénétra dans la ruelle; et le piano de Michel, un Erard à grande queue, d'ailleurs très défraîchi, fut déposé par les deux amis dans l'atelier de Pitman.

VIII
OÙ MICHEL S'OFFRE UN JOUR DE CONGÉ

A huit heures sonnantes, le lendemain matin, Michel sonna à la porte de l'atelier. Il trouva l'artiste pitoyablement changé, blêmi, voûté, affaissé, avec des yeux hagards, qui sans cesse se dirigeaient vers la porte du petit cabinet de débarras. Et Pitman, de son côté, fut bien plus surpris encore du changement qu'il découvrait chez son ami. Michel, d'ordinaire,—peut-être l'ai-je déjà dit?—se piquait d'être vêtu à la dernière mode, et le fait est que sa mise était toujours d'une élégance irréprochable, à cela près qu'elle lui donnait un tout petit peu l'air d'un homme invité à une noce. Or, le matin en question, il était aussi éloigné que possible d'avoir ce petit air-là. Il portait une chemise de flanelle, une veste et un pantalon de grosse étoffe commune; ses pieds étaient chaussés de bottes éculées, et un vieil ulster dépenaillé achevait de le faire ressembler à un marchand d'allumettes ambulant.

—Me voici, William Dent! s'écria-t-il en ôtant le chapeau de feutre mou dont il s'était coiffé.