—Mais tout l'argent est à moi, Michel! protesta le vieillard. C'est moi qui ai fondé la maison de cuirs sur des principes de mon invention!
—Tout cela est bel et bon! dit l'avoué. Mais vous avez signé un compromis avec votre neveu, vous lui avez fait abandon de vos droits: savez-vous, mon cher oncle, que cela signifie simplement les galères, pour vous?
—Ce n'est pas possible! s'écria Joseph. Il est impossible que la loi pousse l'injustice jusque-là!
—Et le plus cocasse de l'affaire, reprit Michel avec un éclat de rire soudain, c'est que, par-dessus le marché, vous avez coulé la maison de cuirs! En vérité, mon cher oncle, vous avez une singulière façon de comprendre la loi: mais, pour ce qui est de l'humour, vous êtes impayable!
—Je ne vois rien là dont on ait à rire! observa sèchement M. Finsbury.
—Et vous dites que Maurice n'a pas pouvoir pour signer? demanda Michel.
—Moi seul ai pouvoir pour signer! répondit Joseph.
—Le malheureux Maurice! Oh! le malheureux Maurice! s'écria l'avoué, en sautant de plaisir. Et lui qui, en outre, s'imagine que vous êtes mort, et pense aux moyens de cacher la nouvelle!... Mais, dites-moi, mon oncle, qu'avez-vous fait de tout cet argent?
—Je l'ai déposé dans une banque, et j'ai gardé vingt livres! répondit M. Finsbury. Pourquoi me demandez-vous ça?
—Voici pourquoi! dit Michel. Demain, un de mes clercs vous apportera un chèque de cent livres, en échange duquel vous lui remettrez le reçu de la Banque, afin qu'il aille au plus vite rapporter les huit cents livres à la Banque Anglo-Patagonienne, en fournissant une explication quelconque que je me chargerai d'inventer pour vous. De cette façon, votre situation sera plus nette; et comme Maurice, tout de même, ne pourra pas toucher un sou en banque, à moins de faire un faux, vous voyez que vous n'aurez pas de remords à avoir de ce côté-là!