— Seigneur duc, dit Alicia, si l’homme est droit… Et, à ce mot, consternée, la voix resta étouffée dans sa gorge.

— Il est droit, madame, répliqua Richard, avec calme. Je suis le seul bossu dans mon parti ; autrement, nous sommes assez bien bâtis. Mesdames, et vous, monseigneur, ajouta-t-il, prenant tout à coup un air de gravité courtoise, veuillez m’excuser si je vous quitte. Un capitaine en temps de guerre, ne dispose pas de son temps.

Et, avec un élégant salut, il passa, suivi de ses officiers.

— Hélas ! s’écria Alicia, je suis perdue !

— Vous ne le connaissez pas, répliqua Lord Foxham. Ce n’est rien ; il a déjà oublié vos paroles.

— Il est, alors, la vraie fleur de chevalerie, dit Alicia.

— Non, mais il pense à autre chose, répliqua Lord Foxham. Ne tardons pas davantage.

Dans le sanctuaire ils trouvèrent Dick qui attendait, avec une suite de quelques hommes : et là eut lieu le mariage. Lorsqu’ils sortirent, heureux, et pourtant sérieux, à l’air froid et à la lumière du soleil, les longues files de l’armée déjà remontaient la route ; déjà la bannière du duc de Gloucester était déployée et s’éloignait de l’abbaye dans un groupe de lances ; et derrière, entouré de ses chevaliers couverts d’acier, le hardi Bossu au cœur sombre, s’avançait vers sa royauté éphémère et son éternelle infamie.

Mais les mariés et leur suite prirent le chemin opposé, et se mirent à table avec une joie douce. Le père sommelier les servait et s’assit avec eux à table. Hamley, toute jalousie oubliée, commença à faire sa cour à Alicia, nullement rebelle. Ainsi, au bruit des trompettes, du cliquetis des armures et des chevaux, Dick et Joanna, assis côte à côte, se tenaient tendrement par la main et se regardaient dans les yeux, avec une affection grandissante.

Ensuite la poussière et le sang de cette époque troublée passèrent loin d’eux. Ils habitèrent sans alarmes la forêt verte où leur amour avait commencé.