— Mon pied me fait bien du mal, dit Matcham.

— Bon, j’avais oublié votre pied, répliqua Dick. Eh bien ! marchons plus doucement. Je voudrais savoir exactement où nous sommes. J’ai absolument perdu le chemin ; peut-être cela vaut mieux. Car, puisqu’on surveille le gué, on doit aussi surveiller le chemin. Je voudrais que Sir Daniel soit revenu avec une quarantaine d’hommes, ils me balayeraient ces coquins comme le vent balaye les feuilles. Venez, John, appuyez-vous sur mon épaule, pauvre diable. Mais non, vous n’êtes pas assez grand. Je me demande quel âge vous avez ?… douze ans ?

— J’ai seize ans, dit Matcham.

— Vous n’avez guère grandi, alors, répondit Dick. Mais donnez-moi la main. Nous irons doucement, ne craignez rien. Je vous dois la vie ; le bien et le mal, je rembourse tout, Jack.

Ils commencèrent à gravir la pente.

— Nous trouverons bien la route, tôt ou tard, continua Dick, et alors tout ira bien. Par la messe, votre main est bien mince, John. Si j’avais une main comme celle-là, j’en aurais honte. Je vais vous dire, ajouta-t-il avec un rire étouffé, je vous jure par la messe que Hughes vous a pris pour une femme.

— Jamais de la vie ! dit l’autre devenant cramoisi.

— C’est vrai, je le parie. Ce n’est pas étonnant de sa part. Vous avez plutôt l’air d’une femme que d’un homme, et je dirai même plus, vous êtes un drôle de type pour un garçon, mais pour une fille, John, vous seriez vraiment gentille. — Vous seriez une jolie fille.

— Mais vous savez bien que je n’en suis pas une.

— Oui, je sais, je plaisante, dit Dick. Vous serez un homme pour votre mère, John, vivat, mon brave ! Vous donnerez de fameux coups. Lequel de nous deux, je me demande, sera fait le premier chevalier, car je veux être chevalier, John, ou mourir pour cela. Sir Richard Shelton, chevalier, cela sonne bien. Mais Sir John Matcham ne fait pas mal non plus.