— Oui, répondit Lawless ; j’en ai déjà mangé beaucoup de ces dîners-là, mais le difficile, c’est de les cuire, brave maître Ellis. Et, pendant ce temps, que faisons-nous ? Nous faisons des flèches, nous faisons des vers et nous buvons de l’eau pure et fraîche, cette boisson malsaine.

— Ce n’est pas vrai, Will Lawless. Vous vous ressentez de l’office de frère gris ; l’avidité sera votre perte, répondit Ellis. Nous avons pris vingt livres à Appleyard. Nous eûmes sept marks du messager la nuit dernière. Il n’y a qu’un jour, nous en avons eu cinquante du marchand.

— Et aujourd’hui, dit l’un des hommes, j’ai arrêté un gros marchand d’indulgences qui se dirigeait vers Holywood en grande hâte. Voici sa bourse.

Ellis en compta le contenu.

— Une centaine de shillings ! grommela-t-il. Imbécile, il en avait bien plus dans ses sandales, ou cousus dans sa palatine. Vous êtes un enfant, Tom Cuckow ; vous avez laissé échapper la proie.

Malgré cela Ellis empocha nonchalamment la bourse.

Il était debout, appuyé sur son épieu, et regardait autour de lui les autres. Ceux-ci, avec des attitudes diverses, prenaient gloutonnement un potage de venaison et le délayaient copieusement avec de l’ale. C’était un bon jour, ils étaient en veine ; mais les affaires pressaient et ils mangeaient rapidement. Les premiers venus avaient dépêché leur repas. Quelques-uns s’étendirent sur l’herbe et s’endormirent immédiatement comme des boas ; d’autres causaient ou examinaient leurs armes, l’un, dont l’humeur était particulièrement gaie, tendit une corne de bière et se mit à chanter.

Il n’y a pas de lois dans la bonne forêt verte,

Ici on ne manque pas de vivres,

C’est joyeux, tranquille, avec du gibier pour notre ordinaire.