Des sanglots lui répondirent.

«M'entendez-vous, reprit la même voix rude, ou faut-il vous faire obéir de force? Choisissez, mademoiselle.»

Il y eut une nouvelle pause, puis le dictateur continua d'un ton moins violent:

«Prenez les pieds de cet homme, il faut que je le porte dans la maison. Ah! si j'étais plus jeune, rien au monde ne me retiendrait. Mais aujourd'hui, l'âge, les dangers, tout est contre moi... mes mains tremblent et il faut que vous m'aidiez.

—C'est un crime! dit la jeune fille.

—Je suis votre père.»

Cet appel parut produire son effet; Francis entendit piétiner le gravier, une chaise tomba, puis il vit le père et la fille traverser l'allée et disparaître sous la véranda, portant un corps inanimé, affreusement pâle, dont la tête pendait. Était-il mort ou vivant? En dépit de l'affirmation de Mr. Vandeleur, Francis était fort inquiet. Un crime venait d'être commis, une catastrophe terrible s'abattait sur la maison aux persiennes vertes. À son grand étonnement, Francis sentit l'horreur et le mépris faire place chez lui à un sentiment de pitié pour le vieillard et pour l'enfant qu'un grand péril menaçait sans doute. Un élan généreux le poussa; lui aussi lutterait avec son père contre le monde, la justice et la fatalité; relevant brusquement la jalousie, il sauta sur la fenêtre, étendit les bras et se jeta, les yeux fermés, dans le feuillage du marronnier.

Les branches craquaient sous lui sans qu'il pût en saisir une; enfin un rameau plus fort se trouva sous sa main, il resta suspendu quelques secondes, puis, se laissant aller, tomba lourdement contre la table. Un cri d'alarme partit de la maison: sa singulière entrée n'était point passée inaperçue. Peu lui importait; en trois bonds il fut sous la véranda.

Dans une petite pièce, tapissée de nattes et entourée de vitrines remplies d'objets rares et précieux, Mr. Vandeleur était penché sur le corps du clergyman. Il se releva comme Francis entrait et quelque chose glissa de ses doigts dans ceux de sa fille; ce fut fait en un clin d'œil; à peine Francis avait-il eu le temps de voir, mais il lui sembla que le coupable avait saisi cet objet sur la poitrine de sa victime et qu'après l'avoir regardé un millième de seconde, il l'avait rapidement passé à sa fille. Tout cela s'était produit en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, tandis que Francis restait sur le seuil, un pied en l'air.

Se précipitant aux genoux du dictateur: