Le jeune ecclésiastique sauta sur ses pieds en s'excusant; là-dessus le prince prit un fauteuil près de la table, tendit son chapeau à Vandeleur, sa canne à Rolles, et, les laissant debout près de lui, s'exprima en ces termes:

«Je suis venu pour affaires, comme je vous l'ai dit; mais, si j'étais venu pour mon plaisir, j'aurais été fort mécontent de votre accueil. Vous, Mr. Rolles, vous avez manqué de respect à votre supérieur; vous, Vandeleur, vous me recevez le sourire aux lèvres, tout en sachant fort bien que vos mains ne sont pas pures. Je prétends ne pas être interrompu, monsieur, ajouta-t-il impérieusement, je suis ici pour parler et non pour écouter; je vous prie donc de m'entendre avec respect et de m'obéir à la lettre. Dans le plus bref délai possible, votre fille épousera, à l'ambassade, Francis Scrymgeour, mon ami, fils reconnu de votre frère. Vous m'obligerez en donnant au moins dix mille livres sterling de dot. Quant à vous, je vous destine une mission de quelque importance dans le royaume de Siam, et je vous en aviserai par écrit. Maintenant, monsieur, répondez en deux mots. Acceptez-vous, oui ou non, ces conditions?

—Votre Altesse me permettra de lui adresser humblement deux objections, dit Vandeleur.

—Je permets....

—Votre Excellence a appelé Mr. Scrymgeour son ami; si j'avais soupçonné qu'il fût l'objet d'un si grand privilège, je l'aurais traité avec un respect proportionné à cette faveur.

—Vous interrogez adroitement, dit le prince; mais je ne me laisse pas prendre à vos insinuations perfides. Vous avez mes ordres: n'eussé-je vu jamais avant ce soir la personne en question, ils n'en seraient pas moins catégoriques.

—Votre Altesse interprète ma pensée avec sa finesse habituelle, reprit Vandeleur, et il ne me reste plus à ajouter que ceci: j'ai malheureusement mis la police aux trousses de Mr. Scrymgeour; dois-je retirer ou maintenir mon accusation de vol?

—À votre guise; c'est affaire entre votre conscience et les lois de ce pays. Donnez-moi mon chapeau; et vous, Mr. Rolles, suivez-moi. Miss Vandeleur, je vous souhaite le bonsoir. Votre silence, ajouta-t-il en s'adressant à Vandeleur, équivaut, n'est-ce pas, à un consentement formel?

—Puisque je ne puis faire autrement, je me soumets; mais je vous préviens franchement, mon prince, que ce ne sera pas sans une dernière lutte.

—Prenez garde, dit Florizel, vous êtes vieux et les années sont peu favorables aux méchants; votre vieillesse sera plus mal avisée que la jeunesse des autres. Ne me provoquez pas, ou vous me trouverez autrement rigoureux que vous ne l'imaginez. C'est la première fois que j'ai dû me mettre en travers de votre route; veillez à ce que ce soit la dernière.»