Il fut exact à l'heure dite; la malle fut portée devant lui par plusieurs vigoureux gaillards et on l'introduisit dans une chambre, où un homme se chauffait, assis devant le feu, le dos tourné à la porte. Le bruit de tant de monde, entrant et sortant, et le grincement de la malle quand on la déposa sur le plancher, ne réussirent pas à attirer l'attention de celui-ci; Silas attendit debout, dans une véritable agonie, qu'il daignât s'apercevoir de sa présence.

Cinq minutes peut-être s'écoulèrent, avant que se retournât lentement le prince Florizel de Bohême.

«Ainsi monsieur, dit-il, en interpellant Scuddamore avec la plus grande sévérité, c'est de cette manière que vous abusez de ma complaisance! Vous vous joignez à des personnes de qualité, dans le seul but d'échapper aux conséquences de vos crimes; je puis facilement comprendre votre embarras, lorsque je vous adressai la parole hier.

—Je jure, s'écria Silas, que je suis innocent de tout, si ce n'est de mon infortune!»

Là-dessus, d'une voix entrecoupée, avec la plus parfaite ingénuité, il raconta au prince toute l'histoire de ses malheurs.

«Je vois que j'ai été induit en erreur, dit Florizel lorsqu'il eut écouté jusqu'au bout. Vous n'êtes qu'une victime et puisque je ne suis pas forcé de punir, vous pouvez être sûr que je ferai mes efforts pour vous aider. Maintenant, continua-t-il, à l'œuvre! Ouvrez immédiatement votre caisse et laissez-moi voir ce qu'elle contient.»

Silas changea de couleur et gémit tout bas:

«J'ose à peine....

—Quoi, répliqua le prince, ne l'avez-vous pas déjà regardé? Ceci est une espèce de sensiblerie à laquelle il faut résister, monsieur. La vue d'un malade que l'on peut secourir doit nous émouvoir plus fortement que celle d'un mort, auquel on ne peut plus faire ni bien ni mal. Commandez à vos nerfs.»

Et, voyant que Silas hésitait de plus belle: