En tournant la rue, on arrive devant un square bordé de belles maisons, dont plusieurs sont déchues de leur rang d'autrefois, divisées en appartements, en bureaux, en magasins. L'une d'elles, cependant, devant laquelle s'arrête Utterson, a gardé un grand air d'opulence. Un vieux domestique vient ouvrir.
«Poole, lui dit Utterson, le docteur Jekyll est-il chez lui?»
Sur sa réponse négative:
«Je viens de voir M. Hyde s'introduire par la porte de l'ancienne salle d'anatomie. Cela est-il permis en l'absence de votre maître?
—Sans doute, car M. Hyde a une clé.
—Je ne crois pas cependant avoir jamais rencontré ici ce jeune homme.
—Oh! monsieur, on ne l'invite pas à dîner et il ne paraît guère de ce côté-ci de la maison. Il entre et sort toujours par le laboratoire.»
Utterson conclut de ces renseignements que le docteur, en ouvrant sa maison à Hyde, subit la conséquence de quelque faute de jeunesse. Ce doit être un supplice que de recevoir ainsi, bon gré, mal gré, inopinément, cet être atroce, qui entre et sort furtivement, qui peut-être est impatient d'hériter.... Il se promet de protéger Jekyll contre l'influence équivoque qui s'est glissée à son foyer. Il profitera pour cela du premier tête-à-tête.
«Vous savez que je n'ai jamais approuvé votre testament, lui dit-il avec hardiesse, et je l'approuve moins que jamais, car j'ai appris des choses révoltantes sur ce jeune Hyde.»
La belle figure intelligente du docteur s'assombrit à ces mots.