— Une loi dont vous êtes le promoteur, monsieur le député, une loi que votre entraînante éloquence fait voter par toutes les fractions du Parlement, rend mon grand Médicament national obligatoire en garantissant à la maison Philox Lorris, sous le contrôle du gouvernement, le monopole de la fabrication et de l'exploitation… Inutile de dire, monsieur le député, que des avantages sont réservés aux amis de l'entreprise qui l'ont soutenue de leur haute influence… Je reprends!.. Nous organisons par tout le pays des services d'inoculation et de vente… Chaque Français, une fois par mois, est vacciné avec le liquide microbicide et il emporte un flacon du médicament. L'obligation n'a rien de vexatoire, tant de choses sont obligatoires aujourd'hui; l'État peut bien intervenir une fois de plus et imposer sa direction lorsque l'intérêt public est si évident… Par cette loi bienfaisante et vraiment de salut public, c'est tout simplement la santé obligatoire que vous nous décrétez! Êtes-vous conquis, mon cher député?
— Je m'incline et j'admire, répondit M. des Marettes; dans quatre jours, à la rentrée des Chambres, je dépose une proposition… Mais quelle est cette étrange odeur?
— Je vous remettrai un croquis du projet de loi… Oui, vous avez raison, quelle singulière odeur!.. Sulfatin… Grands dieux! vous avez touché aux tuyaux… voyez donc, malheureux, il y a une fuite!
L'ACCIDENT AU RÉSERVOIR DES MIASMES.
— Une fuite!.. Où cela? demanda M. des Marettes.
— Au réservoir de droite, celui des miasmes pour le corps médical offensif… mon autre grande affaire.
— Sapristi de sapristi! gémit M. des Marettes renversant les chaises pour gagner la porte, vite, mon aérocab… Je suis attendu chez moi… Je ne me sens pas bien!..»
Sulfatin et Philox Lorris s'étaient précipités et tous deux cherchaient à découvrir le point de fuite des miasmes; ce fut Philox Lorris qui le trouva. Un tuyau que Sulfatin, dans sa préoccupation, avait un peu dérangé, laissait fuser un mince filet de vapeurs délétères. M. Philox Lorris et Sulfatin, la sueur au front, s'efforcèrent de réparer la légère et imperceptible avarie, ce n'était pas grand'chose et ce fut bientôt fait, mais il était temps; s'ils avaient tardé, d'épouvantables malheurs eussent été la conséquence de la fatale distraction de Sulfatin.
Mais l'air effaré de M. des Marettes, qui s'efforçait de percer la foule pour gagner un ascenseur, avait jeté l'émoi parmi les invités et interrompu un morceau en exécution. Quelques personnes se levèrent dans le clan des gens sérieux que la musique ne passionnait pas; à leur tête, accoururent la doctoresse Bardoz et la sénatrice Coupard, de la Sarthe.