M. Philox Lorris était libre; il se hâta, après courtes félicitations aux deux couples, de commander son aéronef pour voler à la mairie et en finir avec ses absorbants devoirs de père.
Il se trouvait en retard pour l'État-civil; comme il allait partir en coup de foudre, la sonnerie du Télé, retentissant de nouveau, l'arrêta encore une fois.
C'était M. le maire du LXIIe arrondissement qui tranchait la difficulté en proposant de marier téléphoniquement les jeunes époux.
M. Philox Lorris, heureux de la bonne attention de ce magistrat, lequel d'ailleurs était très pressé lui-même, accepta bien vite et téléphona sans plus tarder le consentement paternel.
Il eut de cette façon l'agrément de s'épargner une course et d'éviter la rencontre de quelques huissiers lancés trop vite et non avertis encore de l'apaisement si difficilement obtenu, qui venaient, de la part des demoiselles Bardoz et Coupard, de la Sarthe, signifier aux jeunes époux l'ouverture des hostilités, parlant à leur personne, en pleine noce. Coût: 7,538 fr. 90.
Après la signature sur le registre, M. le maire, pour aller plus vite, eut l'obligeance, au lieu de prononcer l'allocution des grandes occasions, réservée aux mariés d'importance, de remettre des phonogrammes de cette allocution à Georges, qui les mit dans sa poche, en promettant de les écouter avec respect et attention le lendemain même, ou plus tard.
La noce se dirigea ensuite vers l'église, où se pressaient déjà toutes les notabilités de la science, de la politique, de l'industrie, du haut commerce, des lettres et des arts. Plus de douze cents aéronefs ou aérocabs se balançaient au-dessus de l'édifice et ce fut un charmant coup d'oeil que le défilé de tous ces élégants véhicules aériens escortant les nouveaux époux jusqu'à l'hôtel Philox Lorris.
Dans l'après-midi, les nouveaux mariés remontèrent dans leur aéronef. Ils fuyaient vers le coin de nature tranquille interdit aux envahissements de la science moderne, vers le Parc national de Bretagne, où ils avaient naguère fait leur Voyage de fiançailles.
La petite ville de Kernoël les revit. Par autorisation spéciale, Georges Lorris put amener dans une anse de la petite baie un aéro-chalet des plus confortables et s'y installer avec Estelle à 50 mètres au-dessus de la grève, dans l'embrun de la mer et le parfum des landes, devant un panorama splendidement pittoresque de criques sauvages ou de pointes rocheuses hérissées de vieux clochers, de forêts de chênes enchâssant dans l'émeraude frissonnante de vieilles ruines féodales ou de mystérieux cercles de pierres celtiques…
Les semaines passèrent vite dans ces délicieuses solitudes… Un jour vint cependant où elles furent envahies. C'était le commencement des vacances. Toutes les diligences du pays, toutes les carrioles, toutes les guimbardes roulaient chargées de gens pâles et fatigués, dont les têtes ballottaient sous les cahots des chemins. C'était l'arrivée annuelle des citadins lamentables venant chercher le repos et puiser de nouvelles forces dans le calme et la tranquillité des landes, l'arrivée de tous les énervés et de tous les surmenés, accourant se rejeter sur le sein de la bonne nature, haletants des luttes passées et heureux d'échapper pour quelque temps à la vie électrique.