DANS L'OUEST S'AVANÇAIT UN GIGANTESQUE AÉRO-PAQUEBOT.
III
Les tourments d'une aspirante ingénieure.- Les cours par Télé.- Une fidèle cliente de Babel-Magasins.- L'ahurie Grettly circulant parmi les engins.- Le Téléjournal.
Maintenant que la jeune fille était à peu près rassurée, Georges Lorris aurait très bien pu prendre congé; mais, sans chercher à se rendre compte des motifs qui le retenaient, il resta près du Télé à causer avec elle. Ils parlaient sciences appliquées, instruction, électricité, morale nouvelle et politique scientifique… Estelle Lacombe, quand elle sut que le hasard l'avait mise en présence téléphonoscopique du fils de ce grand Philox, prit naïvement devant Georges une attitude d'élève, ce qui fit bien rire le jeune homme.
«Je suis le fils de l'illustre Philox, comme vous dites, fit-il, mais je ne suis moi-même qu'un bien pauvre disciple; et, puisque vous voulez bien me faire confidence de vos insuccès, sachez donc que tout à l'heure, au moment où la tournade éclata, mon père était en train de m'administrer ce qui s'appelle un rebrousse-fil de vraiment premier ordre, c'est-à-dire un joli petit savon, et de me reprocher mon insuffisance scientifique… et c'était mérité, trop mérité, je le reconnais!..
— Oh! non, non; ce que le grand Philox Lorris peut traiter de faiblesse scientifique, pour moi c'est encore la force, la force écrasante… Ah! si je pouvais arriver seulement au premier grade d'ingénieure!
— Vous vous empresseriez de dire: ouf! et de laisser là vos livres,» dit Georges en riant.
La jeune fille sourit sans répondre et remua machinalement la montagne de cahiers et de livres qui couvrait son bureau.
«Mademoiselle, si cela peut vous servir, je vous enverrai quelques-uns de mes cahiers et les phonogrammes de quelques conférences de mon père aux ingénieurs de son laboratoire…