— Que de remerciements, monsieur!…. J'essayerai de comprendre, je ferai tous mes efforts…»

Brusquement une sonnerie tinta et le Télé s'obscurcit. L'image de la jeune fille disparut. Georges demeura seul dans sa chambre. Au poste central des Télés, les avaries causées par la tournade étant réparées, le jeu normal des appareils reprenait et la communication provisoire cessait partout.

Georges, consultant sa montre, vit que le temps avait coulé vite pendant sa conversation et que l'heure de se rendre au laboratoire était arrivée. Il pressa un bouton, la porte de sa chambre s'ouvrit d'elle-même, un ascenseur parut; il se jeta dedans et fut transporté en un quart de minute à l'embarcadère supérieur, un très haut belvédère sur le toit, abritant l'entrée principale de la maison.

La loge du concierge, placée maintenant, dans toutes les habitations, en raison de la circulation aérienne, à la porte supérieure, sur la plate-forme embarcadère, était, chez Philox Lorris, remplacée, ainsi que le concierge lui-même, par un poste électrique où tous les services se trouvaient assurés par un système de boutons à presser.

Un aérocab, sorti tout seul de la remise aérienne et filant sur une tringle de fer, attendait déjà Georges à l'embarcadère. Le jeune homme, avant de sauter dedans, jeta un regard sur l'immense Paris étendu devant lui dans la vallée de la Seine, à perte de vue, jusque vers Fontainebleau rattrapé par le faubourg du Sud. La vie aérienne suspendue pendant l'ouragan électrique reprenait son cours; le ciel était sillonné déjà de véhicules de toutes sortes, aéronefs-omnibus se suivant à la file et cherchant à rattraper leur retard, aéroflèches des lignes de province ou de l'étranger, lancées à toute vitesse, aérocabs, aérocars fourmillant autour des stations de Tubes où les trains retenus devaient se suivre presque sans intervalles. Dans l'Ouest s'avançait majestueusement, estompé dans la brume lointaine, un gigantesque aéro-paquebot de l'Amérique du Sud qui avait failli se trouver pris dans la tournade et ajouter un chapitre de plus à l'histoire des grands sinistres.

UN AÉROCAB SORTIT DE LA REMISE AÉRIENNE.

«Allons travailler!» dit enfin Georges en dégageant de sa tringle l'aérocab, qui fila bientôt vers un des laboratoires Philox Lorris, établis avec les usines d'essai, sur un terrain de 40 hectares dans la plaine de Gonesse.

Pendant ce temps, à Lauterbrunnen-Station, Estelle Lacombe, demeurée seule, laissait bien vite ses cahiers et courait à sa fenêtre pour interroger anxieusement l'horizon. Pendant l'ouragan, n'était-il rien arrivé à sa mère dans sa course à Paris, ou à son père dans sa tournée d'inspection? Tout était tranquille dans la montagne; le Casino aérien, redescendu à Lauterbrunnen-Station au premier signal d'alarme, remontait doucement aux couches supérieures, pour donner à ses hôtes le spectacle du coucher du soleil derrière les cimes neigeuses de l'Oberland.

Estelle ne resta pas longtemps dans l'inquiétude: un aérocab venant d'Interlaken parut tout à coup, et la jeune fille, avec le secours d'une lorgnette, reconnut sa mère penchée à la portière et pressant le mécanicien. Mais aussitôt une sonnerie du Télé fit retourner Estelle, qui jeta un cri de joie en reconnaissant son père sur la plaque.