Ce qui prouvait sa grandeur d'âme, c'était cette libéralité qu'on remarquait dans ses relations de chaque jour avec tous. Malgré la couleur blanche de sa peau, malgré l'influence des mœurs dépravantes de son époque—époque d'esclavage et de préjugés—il n'a jamais essayé de renier son origine. Il voyait tout le monde du même œil. C'est du moins ce que nous avons pu constater chaque fois qu'il nous a été permis de l'observer dans son contact avec les élèves de son institution. Nous n'avons jamais remarqué chez lui la moindre disposition à faire des distinctions uniquement basées sur le teint du visage, et nous oserons dire que les enfants élevés sous sa direction ont si bien subi l'influence du maître, que la question de couleur n'a jamais troublé le calme de leur innocence. Les noirs sans arrière-pensée seront d'accord avec nous sur ce point.
M. Lanusse nous a enseigné que
Le vice seul est bas, la vertu fait le rang;
Et l'homme le plus juste est aussi le plus grand.
Il était sage de sa part de nous fortifier dans l'amour de notre prochain. Son cœur était encore mieux inspiré lorsqu'il plaçait la bienveillance au-dessus du préjugé, de la fortune et de l'orgueil.
Sans doute, il pensait qu'après tout,
Les richesses, l'orgueil, ne sont que des chimères;
Enfants du même Dieu, tous les mortels sont frères.
Nous devons une reconnaissance éclatante à la mémoire de cet homme.
M. Lanusse, dans son introduction aux Cenelles, donne à comprendre clairement que son plus vif désir était de vivre dans l'esprit des générations futures comme un homme de bien. Cette ambition était légitime, car, ainsi que l'a dit Fénélon, "il y a de la gloire à faire le bien", et certes, Lanusse en a fait assez pour mériter une considération toute particulière de la part de ses semblables.
M. Lanusse s'emportait facilement et il devenait même alors irrépressible. Malgré ce défaut de tempérament, jamais, cependant, il ne se fit le défenseur de l'arbitraire ou le persécuteur du faible. L'impétuosité de son caractère n'altérait en aucune façon son amour pour le juste, sa pitié pour le besoin, son désintéressement. Cet apôtre du bien eut donné sa vie pour résister à un acte d'injustice, comme il eut donné tout son avoir pour soulager l'infortune. Sa conduite, toujours d'accord avec les principes les plus nobles, faisait oublier le feu de son tempérament et le rendait éminemment chérissable aux hommes de son temps.
En rappelant combien il était bon, courageux et sincère, combien il était écouté et respecté, nous nous surprenons à regretter vivement de ne l'avoir pas aujourd'hui parmi nous; ou du moins, de n'avoir pas un compatriote aux mêmes idées, capable d'exercer la même force d'influence sur les esprits. Cette puissante personnalité rendrait notre existence moins pénible. Nos rapports sociaux, subissant cette influence bienfaisante, auraient gardé l'empreinte d'un commerce honnête, d'une cordialité mutuelle. En d'autres temps, les Créoles seraient unis par les sentiments de l'amour, tandis qu'à présent ils sont séparés par des répugnances ridicules, même par des antipathies irréconciliables.