Nous voulons mettre ici en évidence les qualités de nos Créoles qui, comme toujours, se croyaient appelés naturellement à prendre leur part légitime aux événements de leur époque.
Immédiatement après la guerre, il était question de faire rentrer les États du Sud dans l'Union. Tout le monde était d'accord sur le principe du rapprochement des deux sections du pays, qu'une lutte de quatre ans avait éloignés l'une de l'autre.
Parmi les hommes d'État, il existait de sérieuses divergences sur la question du principe qui devait servir de base à ce rapprochement. Les uns préconisaient la politique dite de Restauration, les autres, le système de Reconstruction.
Les deux idées étant fondamentales, elles s'excluaient mutuellement.
La mort du président Lincoln avait élevé le vice-président Johnson au pouvoir suprême.
Le nouveau chef d'État était du Tennessee et l'histoire rapporte qu'il était d'une modeste origine, qu'il se sentait humilié de son extraction, et qu'il voulait profiter de son avancement pour faire oublier ses antécédents (honorables sans doute, mais trop voisins de la masse commune du peuple).
Les représentants du Sud étaient parfaitement au courant de la situation: ils connaissaient le côté faible du président et les avantages que cette faiblesse leur assurait pour la mise à exécution de leurs plans de réhabilitation.
Ils étaient prêts à accorder leur allégeance au président, en échange du soutien qu'ils devaient en recevoir pour faciliter leur retour au pouvoir avec pleine liberté de régler à leur guise la situation et de mesurer les résultats de la guerre.
Or, ce que les États vaincus ne voulaient pas, c'était de pousser ces résultats au-delà de l'abolition de l'esclavage. Ils prétendaient que le fait de loger dans la Constitution fédérale le décret d'émancipation aurait dû servir entre les deux partis de règlement équitable et définitif de toute contestation pendante.
Cette attitude des chefs du Sud était en harmonie avec les sentiments du président Johnson lui-même.