Il est évident que la pensée du président était de livrer au bon plaisir de ces États la destinée civile et politique de l'homme de couleur. C'était ce qu'on appelait la Restauration—une façon de récompenser les coupables et de punir les innocents.

Cette attitude du président compliqua la situation. On pouvait respecter ses convictions, mais il n'était pas possible de les approuver. Il fallait les combattre, non à cause de lui, mais à cause des malheurs qui s'ensuivraient. On empêcherait l'homme de couleur de devenir un citoyen, et Dieu seul sait si l'Union elle-même se fût alors conservée.

Le président ayant persisté dans son mépris du pouvoir suprême, le Congrès résolut de le mettre en accusation. L'effet de cette procédure fut de réduire M. Johnson à l'impuissance et de le dépouiller de son prestige.

La lutte entre lui et ces géants de la Reconstruction était livrée autant dans l'intérêt des noirs que pour le salut du pays: les événements l'ont prouvé, car peu de temps après le triomphe des Nordistes, il n'y avait plus de place dans le Code Noir pour l'homme de couleur.

Il est évident qu'en pareille occurrence la population créole ne pouvait demeurer dans l'inaction ou dans l'indifférence, et laisser aux autres le travail et la peine.

Il y avait deux camps parmi elle. Les uns, sous la direction de l'avocat Thomas J. Durant, organisèrent le Club Radical Républicain, en 1865, à la Salle de l'Economie, et les autres suivirent le Révérend Dostie, homme intrépide qui ne reculait devant aucun danger, qui ne s'arrêtait devant aucun obstacle.

Le plan du Club Radical, sur le conseil de M. Durant, était de se confier entièrement à la bonne volonté du Congrès de Washington.

Conformément à cette décision, les membres du Club s'abstinrent de prendre part à la Convention du 30 juillet 1866.

Dostie, au contraire, avait conçu l'idée de tenter un coup hardi et de précipiter ainsi les événements.

Malheureusement pour lui et ses compagnons, les obstacles étant trop nombreux et trop puissants, leur sacrifice fut inutile: ils ne laissèrent qu'un souvenir de deuil et de regret.