M. Séjour s'était rapproché de l'empereur Napoléon III, qui le tenait en haute estime. Cette circonstance est à noter, car elle fait l'éloge du barde de couleur; et ce nous est à nous un sujet de légitime orgueil, qu'il se soit ainsi rendu digne d'être l'ami estimé de l'empereur des Français.

Le génie de Victor Séjour était précoce: ses contemporains en ont eu un aperçu dans une pièce de vers qu'il a composée à l'âge de dix-sept ans, peu avant son départ pour la France.

Séjour était membre de la Société des Artisans. C'est à l'occasion de l'anniversaire de cette association qu'il a dédié à ses associés le premier effort de sa pensée productrice.

On dit que ce début de notre jeune poète fut un coup de maître.

La Société des Artisans est une de nos anciennes organisations. Il faut dire qu'à cette époque il existait de petites prétentions parmi les Créoles. La classe aisée, composée des gens de profession, voulant se distinguer, avait formé la Société d'Economie, qui renfermait dans son cadre tous les Créoles aux tendances exclusivistes.

Les ouvriers, les hommes d'art et de métier, leur répondirent en formant une association dont le nom même dit toute l'idée des fondateurs et des membres: les Artisans.

Séjour s'était joint à ces derniers. Sans doute, sa première poésie dut être une satire contre la conduite bizarre de ceux qui affectaient de dédaigner leurs semblables, contre les gens de la Société d'Economie.

LE RETOUR DE NAPOLÉON

I

Comme la vaste mer grondant sous le tropique,
Le peuple se rua sur la place publique,
En criant: le voilà!
Un cercueil!... O douleur!... un cercueil pour cet homme
Qui fit de sa patrie une seconde Rome!...
O douleur! tout est là!