Quand naguère il rentrait vainqueur dans nos murailles,
Le front ceint des lauriers de deux mille batailles.
Simple dans sa grandeur,
Ce même peuple, hélas! pressé sur son passage,
Saluait sa venue, exaltant son courage
Et rayonnait de sa splendeur.
Oh! c'est alors, alors que la France était belle!...
Elle passait: les rois s'inclinaient devant elle,
Comme les épis mûrs sous le souffle du vent.
Elle allait, elle allait semblable à la tempête,
Et le monde ébranlé, devenant sa conquête,
Était derrière, elle devant.
Plus rien... tout est fini... salut, ô Capitaine;
Salut, ô mon consul à la mine hautaine.
Tu fus auguste et grand, tu fus superbe et beau;
Tu dépassas du front Annibal et Pompée,
L'Europe obéissait au poids de ton épée...
Comment peux-tu tenir dans cet étroit tombeau?
Pleurez, peuple, pleurez... il est là, triste et pâle
Comme le froid linceul de sa couche fatale;
Pleurez votre César, l'intrépide guerrier;
Pleurez!... le soldat meurt sur le champ de bataille,
Emporté, l'arme au bras par l'ardente mitraille;
Il est mort prisonnier!
Ah! quand seul et pensif, debout sur Sainte-Hélène,
Ses regards se tournaient vers la France lointaine,
Comme vers une étoile d'or;
Son front s'illuminait d'un souvenir de flamme,
Il s'écriait: "Mon Dieu, je donnerais mon âme
"Pour la revoir encor.
"Non, non, ce n'est pas moi que l'indigne Angleterre,
"Comme un lion captif retient sur cette terre:
"Noble France, c'est toi;
"C'est toi, ton avenir, ta puissance, tes gloires,
"Tes vingt ans de combats, tes vingt ans de victoires;
"Ce n'est pas moi, ce n'est pas moi!"
II
Oh! ne le laisse point, ô France,
Attendre en vain sa délivrance...
Couvre-toi de ton bouclier;
Tiens, voici ton cheval de guerre,—
Rapide comme le tonnerre,
Va délivrer le prisonnier.
Peuple, réveillons-nous, poussons le cri d'alarmes;
Soldats, vieux vétérans, couvrez-vous de vos armes.
Au nom de votre honneur,
Ne laissons point, Français, s'endormir notre haine;
Nous avons deux proscrits au roc de Sainte-Hélène:
La gloire et l'empereur!
III