Mais non, il est trop tard... sur le nouveau calvaire,
La mort a foudroyé le géant populaire;
Il est mort, il est mort!
Accablé, délaissé, trahi par sa patrie,
En murmurant: "Je meurs, ô ma France chérie,
Et malgré moi, je pleure sur ton sort".

IV

On nous rend son cercueil!... flétrissante ironie!...
Ah! notre honneur, Français, touche à son agonie!
Nous devrions rougir, car son propre bourreau,
Après avoir creusé sous ses pieds un abîme,
Après s'être repu du sang de la victime,
Nous fait l'aumône du tombeau.

Nous devrions rougir, nous, peuple qu'on renomme,
D'oser nous approcher des restes du grand homme,
L'insulte sur le front;
D'oser lever les yeux, quand d'une main punique
On nous rend, d'une part, sa dépouille héroïque,
De l'autre, on nous jette un affront.

Honte à nous! il fallait le laisser dans son Île;
Loin de nos lâchetés, il reposait tranquille...
Ou bien pour le ravoir, lui, couvert de lauriers,
Lui, vainqueur d'Austerlitz, lui, le fils de la gloire,
Il fallait, l'arme au bras, conduits par la victoire,
Le ramener dans nos foyers.

C'eût été digne et beau!... le tambour, la mitraille,
Nos soldats chauds encor d'une grande bataille,
La poudre et le canon,
La France relevée et l'infâme Angleterre
Expiant ses forfaits les deux genoux en terre:
C'est ainsi qu'il fallait fêter Napoléon!

N'importe, il est ici! Courage, ô noble France!
On ne peut prolonger ta honte et ta souffrance,
Car sur le marbre du tombeau,
Ravivant dans nos cœurs notre haine trompée,
Nous irons, jeunes, vieux, aiguiser notre épée
Ebréchée à Waterloo!!!

CAMILLE THIERRY

M. Camille Thierry était regardé comme un de nos Louisianais les plus lettrés. Quoique natif de la Nouvelle-Orléans, il a passé plus de temps à Paris qu'en Louisiane. D'ailleurs, c'est dans ce centre de lumière et de civilisation qu'il a reçu sa brillante éducation, et qu'il a respiré l'air de la liberté.

M. Camille Thierry s'est occupé spécialement de poésie. Ses pièces publiées dans les Cenelles ne sont pas ses seules compositions. Sa plume facile et abondante a fourni, dit-on, tout un volume qui, sans doute, est resté en France, son pays de prédilection.