Néanmoins, les quelques morceaux que nous avons de lui soutiennent assez sa réputation comme écrivain et homme de lettres. Thierry avait de l'élégance et de la grâce dans le style, des tournures naturelles et des expressions heureuses. Le morceau que nous citons de lui a été composé dans sa jeunesse; il porte, par conséquent, l'empreinte des inclinations du jeune homme. Cependant, cette ardeur du sentiment est tempérée par les réflexions d'une sagesse qui le tient éloigné des élans exagérés.

M. Thierry a fait des affaires à la Nouvelle-Orléans, mais le commerce ne lui plaisait guère et il s'en retira de bonne heure. Il était aisé, ses biens le mettaient à l'abri de toute privation. Il a pu donc se livrer tout entier à ses inclinations, sans inquiétude. Au physique, M. Thierry était de taille moyenne, avec des traits d'une très grande distinction.

Nous avons fait choix de l'Amante du Corsaire pour faire voir les mérites de notre jeune poète.

L'AMANTE DU CORSAIRE

(À Madame ***)

Petit oiseau de mer, toi qui reviens sans doute
D'un rivage lointain,
Oh! dis-moi, n'as-tu pas rencontré sur ta route
Le svelte brigantin?

N'as-tu pas, fatigué, sur son grand mât qui penche,
Dormi quelques instants?
Joué dans son cordage et dans sa voile blanche
Où murmurent les vents?

N'as-tu pas entendu cette voix qui m'est chère,
La voix de mon amant,
Demander à la brise un parfum de la terre
Pour calmer son tourment?

Si j'avais comme toi, pour tenter le voyage,
Des ailes à mon corps,
Je m'en irais d'ici comme ce blanc nuage
Qui passe sur ces bords.

Pour lui parler encor, pour lui dire: je t'aime!
J'irais sur l'Océan;
Pour baiser ses cheveux, j'irais, oui, fut-ce même
En un jour d'ouragan!