Car, vois-tu, mon amour est un amour étrange
Qui n'a rien d'ici-bas;
Peut-être me vient-il d'un démon ou d'un ange...
Moi-même ne sais pas!
Mes frères, sans rougir, disent que je suis folle
Et s'éloignent de moi:
Mes sœurs ne veulent plus écouter ma parole...
J'y pense avec effroi!
En vain, je leurs disais: "Je suis votre sœur, grâce!"
Sur leurs âmes de fer
Ma parole passait sans laisser plus de trace
Que tes ailes dans l'air!...
À qui je confirai le secret de ma flamme,
Dis-moi, petit oiseau?...
Ma mère qui m'aimait... dans le ciel a son âme,
Son corps dans le tombeau!
Petit oiseau de mer, toi qui reviens sans doute
D'un rivage lointain.
Oh! dis-moi, n'as-tu pas rencontré sur ta route
Le svelte brigantin?
Camille Thierry.
Camille Thierry composa plusieurs autres pièces dont voici la liste: Le Damné.—Le Passé.—Toi.—Adieu.—Le Réveil.—À Mademoiselle ***.—À Celle que j'aime.—Idées.—L'Ombre d'Eugène B.—Parle Toujours.—Le Suicide.—Jalousie.
Comme Dalcour, il a donné à la France ses préférences; c'est dans ce pays de sa première affection qu'il a poursuivi sa carrière avec le plus de zèle et qu'il a publié ce petit volume que nous serions heureux de posséder aujourd'hui, mais que la négligence de ses compatriotes a malheureusement livré aux ruines de l'abandon.
Thierry ne se faisait pas illusion sur le caractère indifférent de son peuple. Il savait bien qu'un homme comme lui ne pouvait ici compter que sur lui seul dans les combats de la vie. Dans un des ses morceaux, il s'exprimait ainsi:
Je n'ai point entendu, comme une voix de mère,
Une voix me parler;
Pour lutter, j'étais seul, quand grondait le tonnerre...
Seul pour me consoler!