Si ma bouche jamais, près d'elle, n'osa faire
L'aveu de mon ardeur,
O ma lyre, aujourd'hui; dis-lui donc ce mystère,
Ce secret de mon cœur.
Puisse de tes accords la suave harmonie
S'exhaler doucement,
Comme un concert lointain, comme une symphonie
Dans un écho mourant!...
Qu'une brise légère,
Quand aura fui le jour,
Dans l'ombre du mystère.
À celle qui m'est chère
Porte ce chant d'amour.
Quand de la nuit l'ombre avance
Et, telle qu'un nuage immense,
Descend sur la terre en silence;
Quand tout repose sous les cieux.
Heure de douce rêverie,
Parfois son image chérie
Semble être présente à mes yeux!
Je vois sa taille de sylphide
Son front pur, sa grâce candide,
Ses lèvres de corail humide
Ses yeux noirs remplis de langueur;
Et je sens la vive étincelle
Qui, s'échappant de sa prunelle,
Soudain vient embraser mon cœur.
Je crois aussi, dans mon délire,
Entendre sa voix qui soupire,
Plus suave que le zéphyre
Jouant à travers les rameaux,
Et plus douce que le murmure
Du clair ruisseau, dont l'onde pure
Serpente parmi les roseaux.
Quand une brise bienfaisante
Caresse la fleur odorante,
Et s'élève plus énivrante,
Le soir, vers la voûte des cieux,
Moi, je crois de ma bien-aimée
Respirer l'haleine embaumée
Dans ces parfums délicieux.
Mais, hélas! bientôt ce mirage
Qui réfléchissait son image
S'enfuit comme un léger nuage
Que chasse un vent impétueux!
Ou telle, au lever de l'aurore,
On voit l'ombre qui s'évapore
Aux premiers rayons lumineux.
Alors, mais en vain, je m'écrie:
Reviens, ô douce rêverie,
Ombre décevante et chérie,
Reviens une dernière fois!
Hélas! quand ma bouche l'appelle,
Je n'entends que l'écho fidèle
Qui réponde au loin à ma voix!...