CHAPITRE IV
Les collaborateurs des "Cenelles" (Suite).—Notices biographiques.
MICHEL ST-PIERRE
M. St-Pierre était poète et maître d'armes. Comme poète il était naturel et gracieux. Tous ses vers sont construits dans un style coulant et plein de charme. St-Pierre était d'un caractère aimant, et ses compositions reflétaient la chaleur de ses affections. Sa bonne nature n'a jamais été mieux révélée que dans sa pièce intitulée Le Changement. C'est celle que nous avons choisie pour introduire M. St-Pierre, étant celle que le poète adressait à l'objet de ses feux, au moment où il voulait passer du célibat au mariage. Chose curieuse, tous les enfants apprennent cette romance avec facilité et la chantent avec plaisir.
Son courage physique et sa fermeté le firent surnommer le Bayard créole. À sa mort, M. Lanusse prononça un discours sur son cercueil, ne manquant pas de faire allusion à la bravoure remarquable de son ami.
M. St-Pierre était de la Nouvelle-Orléans et appartenait à une famille nombreuse et respectable. Ses frères et sœurs ont comme lui reçu les avantages d'une éducation soignée. Tous suivaient avec piété les principes de l'Église catholique, dans lesquels ils avaient été élevés.
Ce sens religieux se manifeste assez souvent dans les écrits de notre poète. St-Pierre, à une certaine heure de sa vie, avait voulu se suicider; mais sur les conseils d'un ami, il revint à lui, c'est-à-dire à ces sentiments de foi que la folie seule pouvait affaiblir.
LE CHANGEMENT
Dans une douce indifférence,
Je vivais paisible et content,
L'amour me semblait sans puissance,
Aussi je le bravais souvent;
Mais ces doux plaisirs de ma vie
Hélas! n'ont pu durer toujours,
Puisque vos beaux yeux, Amélie,
En ont interrompu le cours.
Cependant, si je puis vous plaire,
Si vous souriez à mes vœux,
Je vous en fais l'aveu sincère,
Vous m'aurez rendu plus qu'heureux;
Car le bonheur que je respire,
Quand je me trouve auprès de vous,
Est une ivresse... un doux délire
Dont mille amants seraient jaloux!