M. F. LIOTAU
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UNE IMPRESSION
Eglise Saint-Louis, vieux temple reliquaire,
Te voilà maintenant désert et solitaire!
Ceux qui furent commis ici-bas à tes soins,
Du tabernacle saint méprisant les besoins,
Ailleurs ont entraîné la phalange chrétienne.
Jusqu'à ce que chacun de son erreur revienne,
Sur tes dalles, hélas! on ne verra donc plus
S'agenouiller encor les enfants de Jésus,
Qui, l'oreille attentive et l'âme timorée,
Savouraient d'un pasteur la parole sacrée?
Et de ton sanctuaire, espace précieux,
L'encens n'enverra plus son parfum vers les cieux!...
Tes splendides autels, tes images antiques,
Tes croix, tes ornements et tes saintes reliques,
Hélas! vont donc rester dans un profond oubli
Qui les range déjà sous son immense pli!...
O toi, temple divin, toi dernière demeure
Des hommes bien-aimés que le peuple encor pleure,
Et qui, peut-être aussi, ressentant tous tes maux,
Gémissent comme nous du fond de leurs tombeaux;
Toi qui me vis, enfant, en ton enceinte même
Recevoir sur mon front les signes du baptême;
Hélas! ai-je grandi pour te voir en ce jour
Désert, abandonné peut-être sans retour!...
Auguste et pur asile où toute âme est ravie,
Lorsque se chante en chœur la sainte liturgie,
Resteras-tu toujours privé de tout honneur?
Puisque jamais en vain nous prions le Seigneur,
Chrétiens, unissons-nous; quand ce Dieu tutélaire
A versé tout son sang pour nous sur le Calvaire,
Espérons qu'en ce jour Lui seul, puissant et fort,
En le priant du cœur, changera notre sort;
Prions si nous voulons que sa miséricorde
Détruise parmi nous la haine et la discorde.
Déjà cette espérance, en tarissant nos pleurs,
N'a-t-elle point versé son baume dans nos cœurs?
N'avons-nous point revu la foule orléanaise
Quand vint la noble fête[2], au vieux temple tout aise?
Alors le vrai bonheur brillait dans tous les yeux,
Car tout fut oublié dans cet instant heureux!
Chrétiens, un autre effort penchera la balance
Sans doute vers la paix, gardons-en l'assurance;
Et nous verrons encor comme dans le passé,
Le peuple chaque jour au temple délaissé!...
M. F. Liotau.
F. Liotau nous a laissé de très bonnes pièces. Le morceau que nous avons choisi, Une Impression, est une de ses plus heureuses productions. Dans ses vers, l'auteur exprime son respect pour la Religion catholique et ses vœux pour l'union des cœurs chrétiens. Liotau soigne son style dans tout ce qu'il écrit, depuis le badin jusqu'au grave. Liotau est spirituel et fécond: il ne manque jamais de sel dans ces poésies, et il s'arrête à la fin de son œuvre sans s'épuiser. Nous tenons de ce poète: Un an après.—Eline.—Mon Vieux Chapeau.—À Ida.—Couplets chantés à une Noce.—À un Ami qui m'accusait de Plagiat.—Un Condamné à Mort.
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AUGUSTE POPULUS
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REPONSE À MON AMI MICHEL ST-PIERRE