De francs amis.
———
MANUEL SYLVA
———
SOUDAIN
(Mot donné)
Air: J'ai vu partout dans mes voyages.
Je renonce à toi, sombre Lyre,
Puisque tu perds tes doux accents,
Et ne chantes que le délire
Qui s'est emparé de mes sens.
Tes sons attiseraient la flamme
Que mon cœur alimente en vain.
Ah! pour le repos de mon âme,
Lyre funeste, fuis soudain!
Si ma Lyre ne la rappelle
À mon esprit passionné,
Je vois son image fidèle
Dans l'œillet qu'elle m'a donné.
Cette fleur, bien qu'elle se fane,
Est constamment là, sur mon sein...
Sors de cet asile, profane,
Oeillet funeste, fuis soudain?
Enfin, pour toujours je l'oublie,
Je vais jouir d'un doux repos!
Non, je n'ai plus rien d'Aurelie
Que le souvenir de mes maux.
Pleurs versés pour une inconstante,
Vous ne coulerez plus demain...
Mais, quand de l'oublier je tente,
Mon cœur s'y refuse soudain!