C'est ainsi que Pickhil, quoique peut-être le meilleur peintre de son époque, a préféré mourir inconnu, dans la misère même, plutôt que de manifester son talent au détriment de son amour-propre. Pickhil est mort à la Nouvelle-Orléans, vers le milieu du siècle passé, entre 1840 et 1850.

On dit que la désillusion a fait le malheur de toute sa vie.

JOSEPH ABEILARD

Joseph Abeilard était un des architectes les plus habiles que la Louisiane ait produits avant la guerre de Sécession.

Abeilard était un artiste parfait. Il pouvait dresser un plan comme un architecte, apprécier la qualité des matériaux comme un appareilleur, rédiger et faire observer les stipulations d'un contrat comme un entrepreneur, et exécuter de ses mains les diverses parties d'un ouvrage comme le meilleur ouvrier pratiquant. Abeilard était connu pour avoir travaillé en ces différentes qualités.

C'était par son mérite supérieur qu'il s'était fait une réputation. Il lui est parfois arrivé de perdre de ce prestige qui lui était dû: c'était lorsqu'il travaillait en second, sous les ordres d'hommes tout-à-fait incapables mais jouissant de la préférence de race.

On peut citer, comme exemple, la construction du Marché Bazar et celle des Purgeries (Sugar Sheds), élevées sur le devant de la ville.

C'est le génie d'Abeilard qui mit ces grands ouvrages sur pied, mais le contrat n'en avait pas moins été donné à un autre particulier, pour son bénéfice personnel. Cet architecte postiche eut toutefois le bon sens d'employer Abeilard, qui conduisait tout à bonne fin. Ce qui permit à l'autre de toucher des honoraires princiers sans peine et sans fatigue.

Nombre de vieux habitants se souviennent d'Abeilard, et nous sommes sûrs que leur jugement à l'égard de cet homme sera le même que celui que nous portons ici, car pendant plus de quarante ans qu'il a professé et exercé son art, il a maintes fois donné les meilleures preuves possibles de ses remarquables aptitudes.

Abeilard est né et il est mort à la Nouvelle-Orléans.