M. Basile était un homme instruit et respectable; il a su se faire estimer et considérer par son caractère, sa conduite et ses manières distinguées.

Il n'était donc pas étrange qu'un homme possédant ces qualités recommandables dût jouir d'un certain crédit parmi les gens de la haute société, chez qui il se créa une clientèle d'élite.

La population créole se félicite d'avoir produit un homme comme Basile Crokère,—un homme qui, sans sortir du foyer de sa naissance, a pu acquérir assez de renom pour recevoir des hommages partis de tous les rangs de la société.

Basile Crokère enseignait aussi les mathématiques. On prétend qu'il a formé d'excellents élèves. Quant à sa profession des armes, on dit de lui qu'il pouvait toucher son adversaire presqu'en composant une ballade, comme le faisait le héros de Rostand.

Il disait souvent que sa poitrine était un point sacré: ça en avait tout l'air, car on nous affirme que jamais le fleuret d'un adversaire ne l'a touchée.

De plus, Crockère eut le bonheur, comme ses compatriotes les plus estimés, d'apprendre avec profit que le travail, même le travail manuel, est un trésor.

Il semble être à propos de noter ici qu'il existait au temps de M. Crokère d'autres maîtres d'armes d'une force très remarquable. Les plus connus sont Robert Séverin, M. St-Pierre, Joseph Joly, Joseph Auld. Ces fines lames étaient les compagnons du grand maître et ont plus d'une fois croisé le fer avec lui. L'escrime était en vogue en ce temps-là, mais ce noble passe-temps, comme tant d'autres, a dû disparaître devant le nouvel ordre de choses introduit dans notre vie sociale par les événements de la guerre des Sections de 1861.

Personnellement, M. Basile était charmant. Sa conversation toujours correcte et lucide faisait rechercher sa société. Il était très soigné dans son langage.

Basile Crokère a contribué sensiblement au prestige de la population créole.

Au nombre de ses amis intimes, on comptait les professeurs Trévigne et Questy, deux compatriotes d'une grande valeur intellectuelle.