Basile Barrès est né en notre ville. Il était tout jeune encore lorsqu'il prit de l'emploi chez M. Perrier, le grand marchand de musique français de la rue Royale. Il y apprit le piano et devint bientôt un artiste de tout premier ordre.
M. Perrier lui fit faire plusieurs voyages à Paris, dans l'intérêt de sa maison. Il revenait toujours avec plus que jamais, dans le cœur, l'amour de la France.
M. Barrès fut accordeur de pianos, professeur de musique et compositeur. Ses airs de danse ont été très populaires à la Nouvelle-Orléans.
Lorsque le grand violoniste Dédé fit un séjour parmi nous, ce fut Basile Barrès qu'il choisit pour son accompagnateur.
Tout le monde l'aimait et tout le monde, à sa mort, l'a vivement regretté. Il a laissé un fils et trois filles, qui vivent aujourd'hui encore et qui habitent la Nouvelle-Orléans.
L'EXPERIENCE D'UN MUSICIEN
Il n'y a pas très longtemps, il existait à la Nouvelle-Orléans un compositeur de musique remarquable. Malheureusement, la teinte fatale de sa peau faisait oublier ses mérites, chaque fois que l'heure du triomphe venait près de sonner.
L'on pouvait utiliser son génie, abuser de sa bonté et de son zèle, mais lorsqu'il s'agissait de reconnaître ses services ou d'honorer ses talents, la voix manquait à ceux qui devaient être ses juges et qui, néanmoins, avaient eu des preuves de sa valeur et de son bon vouloir. La conspiration du silence était impitoyable. Les gens qui l'employaient, qui l'invitaient, qui le recherchaient, étaient si imprégnés du préjugé de race, que pas un mot de louange ou même de simple reconnaissance ne trouvait son chemin jusqu'à la publicité.
Ce n'est pas toutefois le public qu'il faille blâmer de cet état de choses, car notre musicien a souvent recueilli les applaudissements des spectateurs assemblés pour entendre ses compositions.
Ceux que nous accusons ici savent qui s'est adressé à lui pour l'orchestration de vaudevilles, d'opéras et autres pièces délicates,—tâche que personne autre n'osait entreprendre. Ils se rappelleront comment ce jeune homme au talent supérieur et à l'âme généreuse s'est appliqué non seulement à perfectionner l'arrangement des parties musicales qui lui étaient soumises, mais comment encore il a même ajouté parfois à l'œuvre principale les gracieuses beautés de sa propre invention.