[Note 114: Gesch. der gegenw. Zeit, 24 mai 1791.]
[Note 115: Dans la justification, passablement embarrassée, que M. de Türckheim, administrateur des oeuvres charitables de la Ville, fit de son subordonné (Strassb. Zeitung, 13 juin), il dut reconnaître que Daudet avait à ce moment plusieurs centaines de francs en numéraire dans sa caisse; ce qui semble bien indiquer qu'il voulait narguer et punir le civisme des gardiens de la Cathédrale.]
[Note 116: Strassb. Zeitung, 10 juin 1791.]
Dans les environs les rixes se multipliaient entre les habitants des villages catholiques et les soldats cantonnés chez eux ou dans leur voisinage. A Oberschaeffolsheim, ils attaquèrent un détachement du 13e de ligne (ancien Bourbonnais) et blessèrent grièvement deux des soldats. Le curé non assermenté qui les avait poussés, dit-on, à cet acte de sauvagerie, fut arrêté et conduit en ville sur une voiture découverte; en y arrivant à dix heures du soir, il fut reçu à la porte par une foule en émoi, qui se précipita sur l'escorte, en criant: à la lanterne! Sans l'énergique intervention de la garde nationale, le malheureux aurait été écharpé[117]. Le lendemain, le même Saltzmann, dont nous venons de parler, „protestait au nom des véritables amis de la liberté contre ce cri sanguinaire, qui est le contraire de la justice”[118]; mais les esprits, emportés par la passion, n'étaient plus capables d'écouter d'aussi sages conseils. Il semblerait que la réalité, pourtant bien triste déjà, ne leur fournissait pas de scènes assez lugubres. L'imagination surexcitée des patriotes hantée par des visions terrifiantes, inventait des projets de meurtre et d'assassinat, auxquels elle croyait sans doute elle-même. Un journal affirmait qu'un ecclésiastique réfractaire de Strasbourg avait engagé l'une de ses jeunes pénitentes à demander à se confesser à l'évêque Brendel, puis à tuer l'intrus d'un bon coup de couteau, dans le confessionnal[119]. Le rôle des Judith et des Charlotte Corday n'est pas, fort heureusement, dans le tempérament de nos jeunes Alsaciennes, et l'anecdote tout entière nous semble de la fabrique du journaliste radical qui l'offrit au public.
[Note 117: PoL Litt. Kurier, 24 juin 1791.]
[Note 118: Strassb. Zeitung, 23 juin 1791.]
[Note 119: Gesch. der gegenw. Zeit, 7 juin 1791.]
Mais si l'on pouvait hardiment absoudre le beau sexe, et même le sexe fort, de toute intention réelle d'homicide contre le chef de diocèse, il n'en était pas de même, ni pour l'un ni pour l'autre, quant aux délits de police correctionnelle. L'histoire particulière de la Cathédrale nous offre, à ce moment, quelques curieux exemples de l'irrévérence brutale ou raffinée des fervents catholiques à l'égard des mystères de leur propre religion et des indécences auxquelles les entraînait dans leurs propres lieux de culte une trop fervente dévotion. La première en date de ces affaires est celle du sieur Julien d'Espiard, lieutenant au régiment de ci-devant Bourbonnais, qui pénétra le 12 mai dans la Cathédrale pendant qu'on y célébrait le culte et s'y conduisit d'une façon bruyante, sifflotant et répondant à la sentinelle qui le rappelait au respect du saint lieu: „Il n'y a plus de religion; il n'y a donc plus rien à respecter!”[120] Arrêté par la force armée et conduit devant le maire, il fut condamné par le corps municipal à „tenir prison pendant deux fois vingt-quatre heures pour avoir manqué de respect dans l'Eglise cathédrale au respect que tous doivent aux lieux saints[121].” Six semaines plus tard, le même individu se faisait encore remarquer pour avoir tenu après boire dans un endroit public „des propos incendiaires et despectueux contre la Nation”, et la municipalité le condamnait derechef à huit jours de prison[122]. Exclu de son régiment, ce singulier défenseur de la foi terminait dignement sa carrière en se rendant à Ettenheim et en affirmant là-bas en justice que Dietrich et ses collègues l'avaient salarié pour assassiner Rohan[123].
[Note 120: Gesch. der gegenw. Zeit, 27 mai 1791.]
[Note 121: Extrait des registres de police de la municipalité, du 17 mai 1791. Dannbach, placard in-fol.]